Deux portraits captivants éblouissent les yeux en cette première journée de projections. Avec son Wang Bing, tendre cinéaste du chaos chinois, Dominique Auvray (grande carrière de monteuse pour Marguerite Duras, Benoît Jacquot, Claire Denis...) capture avec verve l'essence de Wang Bing, un des plus grands cinéastes contemporains (Les Âmes Mortes, À La Folie...). Le dispositif se ressent comme assez scolaire : un plan fixe face caméra sur le cinéaste, des cartons décrivant les enjeux de son cinéma avec un voix-off appuyant l'intention un peu trop lourdement... Le film parvient finalement à laisser tout l'espace à la parole précieuse du grand réalisateur chinois. On réalise à quel point Wang Bing milite par son cinéma pour révéler les drames d'un pays en souffrance, héritier de dictatures limitant la liberté. Le réalisateur touche profondément et rayonne de mille feux par son courage artistique à toute épreuve. Il revient notamment sur les conditions de tournage inimaginables du Fossé, son unique fiction qui lui a pris 5 ans pour arriver à terme. Un brillant et très attachant cinéaste qu'on a envie de (re)découvrir grâce à l'amour évident qui lui est porté par la réalisatrice.

Puis, c'est au tour de Mathieu Amalric de rendre hommage à un autre artiste, John Zorn, avec son Zorn I, portrait incongru d'un artiste hors du commun. Déjà adepte de portraits musicaux, Amalric avait signé une fiction-poème dédiée à Barbara en 2017. Avec Zorn I, l'acteur-réalisateur se lance dans un essai plus expérimental et osé sur une figure emblématique du jazz, du death metal, du punk et de la musique classique. Aussi insaisissable que son genre musical, John Zorn devient captivant à suivre (si cela est possible!) grâce à la caméra embarquée d'Amalric. Nous nous retrouvons au plus proche des deux artistes, avec des cadres tremblants prenant sur le vif des instants magiques où le génie de l'électron libre Zorn devient évident (si nous ne le savions pas déjà). L'admiration mutuelle des artistes suintent par tous les pores du film (une scène dévoile Amalric capturé par Zorn en train de jouer un poème de Rimbaud et tout est dit). Un voyage rocambolesque en terre musicale non-identifiée : applaudissements pour l'audace et la sincérité d'Amalric !

On retrouve ensuite des longueurs et tentatives d'originalité avortées dans le court-métrage The Good Breast and The Bad Breast. Sur fond de psychanalyse kleinienne (descendante de Freud) et construit avec des installations de sculptures contemporaines, voix-off et interviews, Yan Tomaszewski réalise une enquête fictive sur un vrai fait divers : la destruction violente de la demeure cousue d'or d'un architecte célèbre... Un essai de narration innovante à travers un dispositif insolite (des sculptures de poitrines finissent par brûler à l'écran, à l'image de la maison détruite) mais le tout reste désincarné et insipide. À la suite du court, le moyen-métrage L'Autre Maison laisse de marbre en raison de son ton récitatif. Muriel Montini transpose Les Trois Sœurs, pièce de théâtre d'Anton Tchekhov, en cinéma et au ski et on se retrouve insensible face à un intellectualisme soporifique. Les deux portraits précédents rattrapent la mollesse du court et du moyen métrages regroupés en une séance malheureusement très oubliable... Vivement la suite des aventures !