Que la 30ème édition du FIDMarseille commence ! Comme les années précédentes, le travail de grands artistes a été mis à l'honneur. En 2018, le festival s'incarnait sous l'égide d'Isabelle Huppert (tout de même!) et cette année, ce sont Bertrand Bonello et Sharon Lockhart qui ont reçu les grands prix d'honneur. Un cinéaste artiste (Zombi Child, Saint Laurent) et une artiste cinéaste (photographe, créatrice contemporaine) qui proposent une vision du réel audacieuse. Le FID se détache de ses confrères par son envie de mettre en avant des créations ancrées dans un terreau réaliste. En effet, le festival plonge ses racines dans le documentaire (d'où le D de l'acronyme FID) mais abrite en son sein de la fiction depuis quelques années. Il défend des œuvres qui proposent des regards singuliers sur notre monde, des témoignages nécessaires sur la réalité. Tout un panel de cinéma aussi surprenant qu'hyper-conscient.

Le film d'ouverture, Le Miracle du Saint Inconnu (The Unknown Saint), présenté à La Semaine de la Critique en 2019, donne à voir le cœur du festival. Depuis sa quintuple nationalité (le Maroc au centre), jusqu'à sa manière badine de traiter une réalité complexe, The Unknown Saint montre les possibilités infinies de la matière cinématographique. Le film offre une belle émulsion entre un naturalisme hypnotique et un ton grotesque risqué. Avec avidité, nous suivons la trajectoire d'un homme qui enterre son butin dans le désert, se fait arrêter, puis revient 10 ans de prison plus tard, pour retrouver sa fortune volée. Il ne tombera pas sur le monticule de sable aride en forme de tombe qu'il avait laissé mais sur un mausolée érigé au nom du "Saint Inconnu". Des pèlerins se rendent dans ce désert qui est devenu un véritable village de miraculés (une femme en chaise roulante remarche par la grâce du Saint Inconnu) et nous nous retrouvons saisis par le culot du réalisateur Alaa Eddine Aljem. Malgré quelques scènes légèrement trop étirées, The Unknown Saint délivre un voyage merveilleux dans un "Nowhere Land" devenu "Miracle Land" et propose un recul ingénieux sur les croyances. À la manière d'It Must Be Heaven, le film d'ouverture du Festival de La Rochelle, des péripéties burlesques naissent de moments silencieux bien rythmés et permettent la transmission d'idées délicates tout en subtilité. Vivement la suite des miracles !