Si le cultissime The Mask projeté samedi prochain à l'occasion des "mimiques en folie" de Jim Carrey aurait été parfaitement approprié à la thématique des masques, c'est bien Fantômas se déchaîne, deuxième opus de la trilogie De Funès, qui a fait émerger le fil conducteur de la journée. Pour Fantômas, le principe se devine clairement : les enquêtes du commissaire Juve pour arrêter le terrible criminel amènent à des défilés incessants de costumes et de visages en latex, tant et si bien que le spectateur se perd entre le vrai et le faux (Fantômas semble se dissimuler sous chacun des traits des personnages). Les retournements de situations deviennent grotesques et tordants, et on retrouve un De Funès à bout de nerfs, pour notre plus grand bonheur. Même si le film a un peu mal vieilli (des scènes d'incrustations plutôt moisies aujourd'hui, autant mettre des cartons peints derrière une fausse voiture), il mérite d'être vu et revu rien que pour les scènes de bagarres parfaitement chorégraphiées.

Continuons les voyages de la veille du côté de l'Islande cette fois avec Woman at War, Prix SACD et énorme succès à la Semaine de la Critique en 2018. Une véritable héroïne des temps modernes (une Rambo version féminine engagée) est prête à tout pour démasquer la société de surconsommation et les lobbys qui pilent notre terre mère. Sous la direction subtile de Benedikt Erlingsson, la remarquable Halldóra Geirharðsdóttir incarne Hella, une quinquagénaire, professeur de chant hors pair, qui déclare la guerre à l'industrie d’aluminium qui défigure son pays. Un sujet nécessaire, une mise en scène mordante et une histoire captivante.

Aucun autre film n'aurait mieux pu refermer cette journée (et le festival pour Rétro-HD) que le sublime Mad Dog Labine. Cette pépite d'or pur importée du Québec était projetée pour la première fois en Europe (quel honneur!) et mériterait de faire le tour du monde. Après avoir raflé deux grands prix canadiens, l'équipe est venue "jaser" du film avec un public francophone tout frais. Personne ne pouvait imaginer ce qui l'attendait en pénétrant dans l'univers de Mad Dog Labine. Le film montre avec justesse les affects d'une jeunesse habitant à Pontiac, une région bien reculée de toute grande ville. Le film se concentre particulièrement sur Lindsay, une petite insolente laissée de côté par son père et moquée par ses camarades, et sa relation avec Justine, une enfant de hippies. L'une veut partir à tout prix, l'autre veut rester mais toutes deux rêvent d'une vie nouvelle. Elles vont acheter un "gratteux" (ticket à gratter) qui pourrait bien représenter leur billet de sortie... Sans s'ancrer totalement dans la fiction (ce serait davantage un docu-fiction, s'il fallait le catégoriser), l'atmosphère ultra-réaliste captive le spectateur et délivre cette histoire avec une sincérité bouleversante. La prouesse de l'équipe du film repose sur la capture intelligente d'une réalité et sa transmission puissamment émotionnelle grâce à la fictionnalisation d'un sujet qui se métamorphose progressivement en un propos universel. Tous les protagonistes du film se transfigurent en nos amis, notre famille, Mad Dog Labine semble s'adresser à nous personnellement. Un portrait saisissant de tendresse, un travail d'une grande maturité.

Avec une nostalgie heureuse, nous quittons le Festival La Rochelle Cinéma, le cœur empli d'images magnifiques et de voyages insoupçonnés.