Les invitations au voyage vécues dans la journée nous ont fait découvrir de nouveaux territoires jusqu'alors inexplorés. Calfeutrés dans notre cocon festivalier, nous profitons goulûment des expériences cinématographiques qui se matérialisent en de véritables billets d'avion low cost. Le matin, nous nous retrouvons en sueur face à la chaleur des terres galiciennes avec Viendra le feu et sa nature transcendante de beauté. L'après-midi, nous voilà pris au piège dans un engrenage de terreur invoqué par la reprise d'un Opéra italien maudit : Macbeth de Verdi version kitsch voire parodique pour l'un des derniers films marquants de Dario Argento. Le soir, le voyage en Afrique de la veille continue. Avec émerveillement, nous passons d'un pays nord-africain, le Soudan, à un pays de l'Afrique centrale, le Congo, pour la projection de l'O.F.N.I Kongo, sélectionné à l'ACID Cannes. Et pour clore la journée en beauté, un chef-d’œuvre lié à la programmation "mimiques en folie" côté Louis de Funès a (re)conquis les cœurs, L'Homme-orchestre de Serge Korber. L'histoire rocambolesque et entrainante de la troupe d'Evan Evans (Louis de Funès) nous a embarqué dans la tournée mondiale de danseuses dirigées par un dictateur-impresario à mourir de rire. Un De Funès plus en retrait pour faire place au grand spectacle visuel et musical. La création multi-artistique était projetée tard le soir et a pourtant provoqué des envies de danses endiablées sur des rythmes extatiques invoqués par le véritable chef d'orchestre du film, François de Roubaix.

Par-delà les voyages, de chacun de ces films émanent des ondes incantatoires plus ou moins mystiques. Avec Viendra le feu, le cinéaste panthéiste Oliver Laxe invoque la nature toute-puissante face aux imbécillités humaines et parvient, par son habile association d'images et de sons d'une pureté frappante, à mettre son spectateur en transe esthétique et émotionnelle. Malgré ses séquences sombrant dans un ridicule effarant, Opéra confronte à des séances mystiques de violence crue et sensuelle. Dario Argento met en scène un tueur psychotique effréné de manière dérangeante et atypique, reconnaissons-le, en dépit de nos réserves. Des chocs visuels surprennent, notamment de longs plans récurrents sur des yeux de corbeaux tout droit sortis des poèmes d'Edgar Allan Poe. La dimension mystique se fait bien plus concrète à travers l'étonnant documentaire Kongo. Dans un portrait bienveillant, Hadrien La Vapeur et Corto Vaclav capturent les tenants et aboutissants du travail de l’Apôtre Médard, un guérisseur installé à Brazzaville et habité par le monde invisible de la magie et des ancêtres. Immergés au sein de traditions perçues comme "bizarroïdes" pour les Occidentaux, nous entrons progressivement au cœur de cérémonies initiatiques. Grâce aux regards sincères des cinéastes et à leurs dispositifs ingénieux, nous devenons des véritables acteurs, des parties intégrantes sans jugement de séances spirituelles. Thème tabou pour nos pays laïques, les espaces invisibles présentés dans le film se confrontent à notre position de voyeur occidental cartésien, et estompent les frontières du bien et du mal pour créer quelque chose de nouveau. Une journée dense qui nous aura fait voyager dans d'autres cultures et par-delà nos croyances.