Comme toujours au festival, les projections coulent à flots et il faut parfois laisser notre cœur décider. Le choix des films s'est porté sur deux œuvres splendides dont les thèmes tissent un dialogue étonnant.

Le documentaire soudanais hors du commun Talking about trees (prix du documentaire à la Berlinale) entre en parallèle avec le glorieux Les Misérables (prix du Jury à Cannes), présenté par les acteurs et producteurs devant la plus grande salle de La Rochelle pleine à craquer.

Au premier abord, la comparaison peut sembler mystérieuse car les œuvres appartiennent à des types de cinéma aux antipodes : l'un est un documentaire de création confidentiel tourné au Soudan, l'autre est un drame policier français qui fait déjà beaucoup parler de lui bien avant sa sortie en salles (prévue pour novembre prochain). Là où les films se rejoignent, c'est dans leur capacité à traiter intelligemment une souffrance évidente. Les Misérables se rapproche de la technique documentaire par sa capture du réel, celui de la rage incoercible et de la détresse navrante peuplant la banlieue du 93. La puissance des Misérables réside dans son habileté à montrer une situation fictionnelle inscrite dans une banlieue blessée à vif, permettant peut-être encore plus qu'un dispositif documentaire l'assimilation d'une vérité sociétale affreuse. L'originalité pure du film se concentre en son affirmation frontale d'une blessure, sans construire de résolution, sans même donner l'espoir d'un aboutissement narratif : "l'horreur vécue par les banlieusards autant que les policiers existe, prenez-la comme elle est réellement et en plein cœur, s'il vous plait" semble crier le film. Un électrochoc nécessaire.

Quant à Talking about trees, son remarquable dispositif documentaire semble bien souvent mis en scène par des chocs visuels et émotionnels inattendus et rafraîchissants. Nous suivons quatre amis soudanais du 3ème âge pris au piège dans une dictature étouffante mais conservant plein d'espoirs en leurs projets. Unis par un but commun, faire revivre un cinéma de quartier délabré, les hommes font partie d'un club de films comme on peut en trouver n'importe où (sauf que l'industrie du cinéma soudanais se révèle désespérément asséchée). Malgré la pauvreté et les malheurs qui les entourent, la bande de joyeux camarades dégage une bonne humeur à toute épreuve et un humour mordant qui réchauffera le cœur de tout être sensible. Talking about trees trace la route de survivants qui luttent contre l'oppression grâce à leur foi dans le Septième Art. Une sélection particulièrement adaptée pour un festival de cinéma qui propose tant de rétrospectives et de "films retrouvés". Talking about trees délivre un travail de mémoire et un engagement suintant d'optimisme qui donne envie de s'intéresser à cette cause insuffisamment diffusée.

Une journée intense en émotions et des films qui nous rappellent à quel point nous avons la chance de pouvoir regarder des films, créer librement et avoir accès à tant d'opportunités difficilement abordables ailleurs que dans des villes confortables et richement dotées. À méditer.