Tout bon cinéphile qui se respecte s'intéresse un minimum à la musique de films. Ce dimanche matin-là, pour les plus tenaces qui ont pris leur passion comme carburant et se sont sortis du lit, on pouvait voir le grand compositeur François de Roubaix reprendre vie. L'homme-orchestre derrière L'Homme orchestre compose, harmonise, interprète et surtout expérimente la musique principalement dans les années 1960 à 1975. Il représente l'essence de l'avant-gardisme en termes de création et de philosophie de vie (De Roubaix ressemble plus à un joyeux beatnik qu'à un compositeur classique sortant du Conservatoire en costume). Une de ses cassettes a été retrouvée dans son appartement et a été numérisée pour l'occasion. Les images dévoilaient son quotidien ainsi que son salon-studio peuplé d'instruments ethniques et d'appareils d'enregistrement futuristes. Nous avons eu la chance d'entendre ses plus belles compositions réinterprétées par un pianiste en direct, puis ces mêmes œuvres orchestrées dans les extraits de films cultes comme La Scoumoune ou Le Samouraï. Une magnifique leçon de musique (et de cinéma) animée par Stéphane Lerouge et Fred Pallem, avec en prime pour invité d'honneur, le réalisateur Serge Korber (le cinéaste derrière L'Homme-orchestre et l'acteur derrière "Plumitif" dans Cléo de 5 à 7 d'Agnès Varda).

Puis, après la projection du documentaire Dario Argento: Soupirs dans un corridor lointain, le cinéaste et son protagoniste se sont matérialisés devant nous lors d'une rencontre inédite. Jean-Baptiste Thoret et "Il Maestro" en personne ont entretenu une riche conversation suivie d'une séance de dédicaces. Ce qui frappe chez le réalisateur italien, c'est sa joie profonde à rencontrer un public divers et ses fans. Il affichait un grand sourire face aux questions pointues des fanatiques et répondait avec une grande bienveillance aux spectateurs presque vierges de son œuvre.

On pouvait ensuite découvrir ou redécouvrir l'excellent La Folie des Grandeurs, troisième collaboration entre Gérard Oury, son réalisateur, et Louis De Funès, ici un peu plus sage que d'habitude. En réalité, le comédien, sorte de Donald Duck pour adultes, préparait son prochain coup : dans ce film, il incarnait son personnage, déjà obnubilé par son or, comme en expérimentant les mimiques et les réactions extravagantes qui faisaient le plus rire. En effet, ce jeu ressemble aux prémices de sa performance incroyable pour L'Avare ! Venu présenter la séance, Alain Kruger se trouve être le commissaire de l'exposition consacrée à De Funès à la Cinémathèque en avril prochain.

La journée se clôt avec le brillant documentaire Flesh Memory réalisé et présenté par Jacky Goldberg projeté tard le soir, le moment parfait pour s'immerger dans un univers cotonneux, atypique et émouvant. Goldberg livre un magnifique portrait de femme dont la particularité repose sur son occupation principale, jouer les "camgirl" sur internet, une occupation parmi d'autres, telles que la fabrication de parfum et la lutte pour la garde de son fils. Dans la salle, un véritable cocon de cinéma s'est installé pendant la projection et prolongé lors du débat touchant et des retours de spectateurs féminins comme masculins qui ont été subjugés par cette histoire racontée avec une justesse stupéfiante.

 Si les files d'attentes se révèlent souvent interminables à La Rochelle, l'attente en vaut largement la chandelle !