D'ici et d'ailleurs, d'hier et d’aujourd’hui

Nous y sommes ! Le 47ème festival de La Rochelle Cinéma a ouvert ses portes hier soir sur It Must Be Heaven, comédie d'Elia Suleiman récompensée par une Mention Spéciale du Jury à Cannes. Après la séance, on comprend ce qui rend ce film digne de cette mention : son degré d'audace. Qu'on soit adepte de son dispositif ou non, Suleiman ose choisir un ton atypique et décalé pour traiter d'un sujet brutal (la Palestine). Le protagoniste fuit son pays pour trouver une vie meilleure à Paris mais la violence demeure partout où il passe. Sur le principe, It Must Be Heaven regorge de pépites ironiques et parvient à tout dire grâce à une esthétique millimétrée entre Tati-Land et Wes Anderson, tout en mettant en place une mécanique de rire façon Buster Keaton grâce à des corps devenant des automates perturbants. Le tout évoque un ballet tragi-comique se déroulant dans plusieurs capitales (Paris, puis New-York). Cependant, si l'aspect formel reste magnifiquement réussi, nous ne parvenons pas à ressentir une réelle intériorité, une émotion profonde au-delà de la technique originale. Saluons tout de même la démarche d'Elia Suleiman, venu présenter son film comme le meilleur des stand-uppers new-yorkais, et de Nazareth !

Le film a été précédé par une superbe cérémonie d'ouverture : le sublime orchestre harmonique de la ville a réinterprété des bandes originales en lien avec la programmation (Rabbi Jacob avec Vladimir Cosma, Benny Goodman pour Benny Goodman Memories non sans rappeler les sonorités jazzy de The Mask) et les liens se tissent facilement entre It Must Be Heaven et les nombreuses comédies, plus populaires, présentées cette année.

Le festival éclectique met à l'honneur plusieurs figures mythiques (dont, entre autres, Dario Argento et 9 de ses plus belles œuvres ou Alexandra Stewart, la marraine de cette édition) et relevons que deux d'entre elles peuvent capter l'attention de tous. L'un cher aux français et bientôt célébré à la Cinémathèque, l'autre canadien reconnu pour ses performances hors du commun et son visage caoutchouc : les esprits de Louis de Funès et Jim Carrey planeront sur La Rochelle pour 16 films représentatifs de leurs carrières. Que demander de plus? Encore quantité d'autres (re)découvertes.

Ayant lieu cette année du 28 juin au 7 juillet, le festival se démarque de ses confrères grâce à sa grande part de rétrospectives iconiques (Arthur Penn, Charles Boyer...) et ses nombreuses reprises de grands classiques (Fritz Lang, Jean-Luc Godard, Stanley Kubrick...) retrouvés au milieu d'avant-premières (fourmilière de sélections cannoises comme Les Misérables), d'inédits, de rencontres (Dario Argento/Jean-Baptiste Thoret) et de séances spéciales (thématique "Du côté de l’Islande" avec des films nordiques tel que A White, White Day présenté à la Semaine de la Critique).

En tout, plus de 200 films seront projetés sur 10 jours ! Entre chef-d’œuvres de patrimoine, expériences art et essai, découvertes contemporaines et propositions plus populaires : le festival a de quoi faire frémir de plaisir tout bon cinéphile et émoustiller les amateurs curieux.