James Franco, acteur en vue (127 heures, Spider-Man), se pique aussi de réalisation. Il a ainsi tourné entre dix à quinze films, surtout des adaptations littéraires de Faulkner ou de Cormac McCarthy. En dépit de cette productivité exceptionnelle, il n'a jamais réussi à convaincre réellement. The Disaster Artist était ainsi une mise en abyme intéressante sur un film nullissime mais ne reste pas non plus éternellement dans les souvenirs de cinéphiles. 

Au Champs-Elysées Film Festival, a été présentée vendredi en avant-première (mais en son absence) sa nouvelle création The Pretenders. Comme ses précédents films, le film fait référence à d'autres œuvres antérieures. Néanmoins il ne s'agit plus d'adaptations littéraires sages et compassées ni d'un biopic sur le réalisateur d'un des films les plus nuls de l'Histoire du cinéma. Non, il s'agit ici d'un vrai-faux remake de Jules et Jim, grandement inspiré par les classiques de la Nouvelle Vague (Jules et Jim de Truffaut, Une femme est une femme et Bande à part de Godard). 

Le film de Franco présente donc un triangle amoureux. A la fin des années 70 et au début des années 80, Catherine, une jeune femme mystérieuse, subjugue deux amis, Terry et Phil, qui étudient tous les deux le cinéma. L'un, Terry, est amoureux au départ platonique de Catherine tandis que Phil se met en couple avec elle, sans pour autant l'aimer autant que ne le fait Terry. On se trouve alors face à un démarquage assez malhabile de Jules et Jim, truffé (sans jeu de mots) de références verbeuses. Trois ans plus tard, le trio qui essaie de percer plus ou moins dans la photo ou le cinéma rencontre un couple sulfureux, formé d'un metteur en scène et d'une actrice (James Franco et Juno Temple) qui va bouleverser leur vie. 

On pense alors que le film trouve alors son véritable sujet, Terry épousant l'actrice alors qu'il continue à aimer Catherine, c'est-à-dire les êtres qui se mentent à eux-mêmes et se trompent volontairement ou non d'être aimé, en faisant semblant de penser ce qu'ils décident de faire (The Pretenders = ceux qui font semblant). Cette décision entraînera une série de catastrophes en chaîne, l'un des protagonistes attrapant le SIDA et un autre disparaissant dans la nature. 

Là où le bât blesse, c'est qu'aucun des interprètes du trio principal ne parvient à nous séduire et convaincre. En revanche, le film change de dimension lorsque Juno Temple s'empare du film en quelques scènes ou que Dennis Quaid ou Brian Cox apparaissent le temps d'un court dialogue assez poignant. Comme la plupart des films de Franco, l'intention est souvent intéressante mais pèche par la finition et les détails. S'il était parvenu à dégager davantage le thème principal de son film par sa mise en scène et à choisir d'autres acteurs plus charismatiques que son trio principal, il aurait peut-être pu réussir son film qui comporte pourtant quelques jolis moments épars.