Projeté en avant-première dans le cadre du Champs-Elysées Film Festival, The Mountain de Rick Alverson nous convie à une bien étrange odyssée. Nous avons pu le découvrir à cette occasion.

Minimaliste, flirtant parfois avec l'expérimental, The Mountain cultive avec une force apaisée son mystère. Récit d'une ascension et d'un déclin, le film du réalisateur américain Rick Alverson joue des trajectoires de ses personnages : alors que le Docteur Wallace Fiennes, un lobotomiste itinérant, voit sa méthode de plus en plus controversée, son jeune assistant Andy se découvre au fur et à mesure de cet étonnant road-trip. Une montagne sépare les deux hommes : du charme de Jeff Goldblum, qui s'est adapté au rythme latent du film, à la passivité extrême de Tye Sheridan, il y a comme un monde. Peu loquace, ne s'offrant que par fragments, l'œuvre paraît parfois impénétrable. La présence de Denis Lavant, autre savant de la gestuelle avec Goldblum, contribue à rendre plus singulière encore cette virée au beau milieu des années 50.

S'agit-il, au fond, d'un film sur un docteur narcissique utilisant la lobotomie exclusivement des femmes pour assouvir une quelconque soif de pouvoir ? "On peut réparer les objets" dit Jeff Goldblum à l'occasion d'une scène, comme il imagine pouvoir réparer l'esprit de la femme. L'interprétation reste ouverte et libre à chacun. Plus que son intrigant univers, où chacun semble porter sa propre folie, c'est principalement la photographie du film qui fait sa force. Une succession de tableaux, au cadrage méticuleux et aux couleurs dénaturées, tirant vers une blancheur presque clinique. La réalisation souligne avant tout le corps, créant une distance supplémentaire avec les personnages et caractérisant la profonde tristesse de son monde, mécanique et déshumanisé. Une singulière proposition.

The Mountain débarque dans les salles le 26 juin prochain.