Cinquième jour de festival : sur les visages hagards, les cernes s'agrandissent toujours plus. Mais pour ce premier week-end cannois, la fatigue ne devrait pas entamer l'enthousiasme des festivaliers : jusqu'à Lux Æterna, dernier essai cinématographique attendu par tous et toutes de Gaspar Noé, avec Charlotte Gainsbourg et Béatrice Dalle, projeté hors compétition en séance de minuit, il y a de quoi s'occuper. Déjà avec les deux films en compétition projetés en ce jour : d'abord, dans Le Lac aux oies sauvages, Diao Yin'an nous racontera le périple d'un chef de gang en quête de repentir et d'une prostituée l'accompagnant alors qu'ils échappent à une chasse à l'homme. Puis, dans la soirée, ce sera au tour du réalisateur roumain Corneliu Porumboiu de nous faire voyager avec Les Siffleurs, un thriller qui emmènera un flic corrompu jusque l'île de la Gomera, sur laquelle il libérera un mafieux emprisonné afin de récupérer un butin de plusieurs millions - à moins que ses histoires d'amour ne lui mettent des bâtons dans les roues. Hors compétition, outre Lux Æterna, on pourra voir Les plus belles années d'une vie, dialogue intime entre Anouk Aimée et Jean-Louis Trintignant filmé de près par Claude Lelouch.

Dans la catégorie "Un Certain Regard", on pourra découvrir aujourd'hui trois nouveaux films. Deux d'entre eux sont placés sous le signe du film historique : avec Jeanne, Bruno Dumont nous livre un biopic sur Jeanne d'Arc, tandis qu'avec Liberté, Albert Serra nous racontera l'histoire de trois nobles libertins expulsés de le cour française, cherchant à répandre le libertinage dans une Allemagne où la morale stricte du puritanisme règne. Enfin, le premier film de Danielle Lessovitz, Port Authority, nous ramènera vers des questions plus contemporaines, avec l'histoire d'amour entre un jeune homme nouvellement arrivé à New York et une jeune femme dont il découvre qu'elle est transgenre.

Du côté de la sélection "Cannes Classics", on retrouvera aujourd'hui moins de films que d'habitude. Une journée qui verra dans les salles se côtoyer trois grands noms du cinéma : d'abord Vittorio de Sica, avec Miracle à Milan, histoire entre fantaisie et réalité dans laquelle un jeune orphelin milanais découvre que le terrain vague sur lequel il a aidé à construire un bidonville abrite du pétrole. Ensuite, la sélection continuera son hommage à Buñuel avec un deuxième film du réalisateur espagnol, Nazarin, histoire du prêtre Nazarin en proie à la disgrâce alors qu'il aide une prostituée blessée. La sélection du jour se conclura avec le documentaire Forman vs. Forman de Helena Trestikova, récit biographique du réalisateur tchèque célébré pour Amadeus ou Vol au-dessus d'un nid de coucous, dont le film Les amours d'une blonde sera par ailleurs ailleurs projeté en version restaurée, le jour même, pour accompagner ce documentaire.

Pour compléter cette journée déjà riche de films, les festivaliers pourront aussi bénéficier de deux séances spéciales. Les amateurs de fiction pourront voir le dernier film de Werner Herzog, Family Romance, LLC., l'histoire d'un homme embauché afin de jouer le rôle d'un père pour une jeune fille dont le vrai père a disparu. Les amateurs de documentaires pourront eux voir Que Sea Ley, un documentaire retraçant un mois d'intenses débats publics et de luttes en Argentine, à l'occasion du vote d'une loi sur la légalisation de l'avortement. Un film d'autant plus actuel que plus tôt dans la semaine, l'Alabama a approuvé la loi la plus restrictive existante sur l'encadrement de l'avortement.