Pour ce quatrième jour du festival de Cannes, encore une journée chargée en films, avec pas moins d'onze longs-métrages diffusés dans les salles obscures. Sans aucun doute, les séances les plus attendues sont celles de la compétition officielle : on pourra voir en premier Little Joe de la réalisatrice autrichienne Jessica Hausner, un film britannique de science-fiction dans lequel une ingénieure met au point une plante rouge qui aurait le pouvoir de rendre son propriétaire heureux. Mais on attend aussi et surtout le dernier film de Pedro Almodovar, Douleur et Gloire : dans ce film aux accents autobiographiques, Antonio Banderas incarnera un réalisateur se plongeant dans son passé pour y trouver finalement la force de continuer à vivre et à tourner. 

La programmation du jour mettra aussi à l'honneur une autre production hispanophone, avec une séance spéciale consacrée à La Cordillère des songes de Patricio Guzman, documentaire poétique entre ciel et terre s'interrogeant sur l'importance de la Cordillère des Andes dans l'identité sud-américaine. La deuxième séance spéciale sera elle tout aussi attendue que le film d'Almodovar : le festival de Cannes projettera en effet une partie de Too Old To Die Young, série du réalisateur danois Nicolas Winding Refn dans laquelle Miles Teller, inspecteur de police et tueur à gages pour la pègre de Los Angeles, sera en proie à une profonde crise existentielle. Le lendemain, le réalisateur et showrunner accordera d'ailleurs une masterclass exceptionnelle, pour revenir sur son parcours et ses méthodes. La série, elle, est produite et diffusée par Amazon Prime : de quoi provoquer un peu plus le géant du streaming Netflix, persona non grata dans les salles cannoises, mais aussi interroger sur la politique du Festival face à ces nouveaux diffuseurs, dont l'un est accepté (Amazon Prime) mais pas l'autre (Netflix). En fait Amazon respecte la politique de distribution des films en salles alors que Netflix ne la respecte pas. 

Du côté de la sélection "Un Certain Regard", deux nouveaux films aujourd'hui, tous deux aussi en compétition pour la Caméra d'or du premier film. Dans le premier, The Climb, Michael Angelo Covino croque une amitié fusionnelle et chaotique entre deux hommes, pour le meilleur comme pour le pire. Dans le deuxième, Papicha, Mounia Meddour nous raconte l'histoire d'une jeune algérienne, passionnée de stylisme, qui organise un défilé de mode comme moyen de protester contre la dégradation de la situation sociale dans son pays. 

Le plus clair de la journée sera cependant consacrée aux classiques, avec cinq films restaurés du monde entier présentés dans la sélection "Cannes Classics". On pourra ainsi revoir Le Témoin de Péter Bacsó, film hongrois de 1969 dans lequel un père de famille se fait trahir par un ministre qu'il avait protégé et caché pendant la Seconde Guerre mondiale, mais aussi Le Voleur de chevaux de Zhuangzhuang Tian, récit de l'excommunication d'une famille tibétaine après que le père de famille a volé des chevaux afin de subvenir aux besoins de sa famille. Seront aussi projetés La Caravane blanche d'Eldar Shengelaia et Tamaz Meliava, film géorgien montrant le dilemme d'un jeune fils de berger entre son ascendance pastorale et son désir de vivre en ville, ainsi qu'une copie restaurée du mythique Shining de Stanley Kubrick. Enfin, ce sera l'occasion de projeter un premier film documentaire de Midge Costin, Making Waves : the Art of Cinematic Sound, qui retracera l'évolution et l'impact du son au cinéma en questionnant aussi ses modes de production actuels.