Lyon, ville ouverte

 « Le cinéma nous fait aimer la vie »

Porté par les mots d’un Claude Lelouch visiblement ému de retrouver d’anciens compagnons de route et d’un Bertrand Tavernier désireux de célébrer “la vertu des impondérables » que chaque tournage ne manque pas de faire naître, le 10ème “Grand Lyon Film Festival 2018” promet une nouvelle fois d’enchanter les amoureux de grands classiques et de films oubliés (un oxymore curieusement négligé dans les dictionnaires). Thierry Frémaux et l’architecte Renzo Piano ont de leur côté très opportunément profité de la présence de Mme la Ministre de la Culture, Françoise Nyssen, et de quelques grands élus locaux pour présenter les maquettes d’une grande “Cité du cinéma et de la photographie” sur l’ancien emplacement des usines Lumière. Gageons que si un tel projet voyait le jour, il ferait de Lyon un lieu incontournable du cinéma international.

 

Javier Bardem vaut bien une grand-messe

Au lendemain d’une cérémonie d’ouverture qui aura vu une pléiade de monuments du 7ème art (Françoise Fabian, Jean-Paul Belmondo, Robert Hossein, Javier Bardem, Jean Dujardin, Claude Lelouch, Richard Anconina, Michèle Laroque, Elsa Zylberstein, Peter Bogdanovich, Guillermo del Toro, Christophe Lambert, Anne Parillaud, Vincent Lindon, Monica Bellucci,…) monter tour à tour sur scène sous les ovations de cinq mille cinéphiles conquis, grandes projections, master class (Claude Lelouch, Liv Ullmann), ressorties, documentaires et films du répertoire étaient au programme de cette première journée de festival aux quatre coins de la métropole (Institut Lumière, cinémas de quartier et multiplexes, hôpitaux, Maison d’arrêt de Lyon-Corbas). Avant de nous faufiler demain à la Comédie Odéon pour assister à la master class de l’un des enfants de cinéma du grand Pedro Almodóvar, nous avons assisté en sa présence dans une salle comble au visionnage du film du réalisateur iranien Asghar Farhadi, “Everyone knows”, qui a fait en mai dernier l’ouverture du Festival de Cannes.

 

…nobody knows the trouble I’ve seen

Si tout a été écrit sur le scénario imaginé par l’auteur du magnifique “Une séparation” (2011), sur sa caméra « se fondant dans le réel », sur une scène d’ouverture aux accents très hitchcockiens, sur ses nombreuses références intertextuelles, sur les traits de visage d’une Penelope Cruz perdue dans ses pensées en plein milieu d’une cérémonie de mariage, sur le poids des secrets de famille et sur le couple Cruz/Bardem réuni pour la 4ème fois à l’affiche, difficile de ne pas suivre certaines critiques dans le reproche qui a pu être fait à Farhadi de verser dans une forme de folklore hispanisant doublée d’un épilogue d’une noirceur absolue. Le titre même du film donne le ton : tous les personnages sont porteurs d’un non-dit qu’un événement tragique ne tardera pas à révéler. En quoi alors est-ce un conte immoral ? Peut-être parce que le personnage le plus attachant, à l’écoute et soucieux des autres est à la fin abandonné de tous, alors même que ses choix courageux sauvent une vie. Sans doute aussi parce qu’en chaque cinéphile sommeille un(e) romantique et que certains épilogues sont plus difficiles à imaginer que d’autres. Dans un essai paru en 1979 servant de bréviaire à tous les scénaristes, Screenplay : The Foundations of Screenwriting, Syd Field avait énoncé les fondements de toute séquence narrative : mise en place _ confrontation _ résolution. Disons-le simplement, les deux premiers découpages sont plus réussis que le dernier. Mais à chacun d’en juger, sur les écrans lyonnais ou ailleurs…