On croyait Brian de Palma à la retraite, apaisé et son œuvre close. Son exceptionnel bouquins d'entretiens avec Laurent Vachaud et Samuel Blumenfeld a été réédité l'année dernière en version augmentée par Carlotta et son dernier chapitre ne laissait rien présager d'un éventuel retour. C'était bien mal connaître ce diable d'homme. A 77 ans, six ans après son dernier film, Passion (2012), Brian de Palma revient au cinéma! C'est sans doute l'une des meilleures nouvelles dans le monde du cinéma depuis bien longtemps.

Son retour était même prévu au Festival de Berlin cette année mais les retours enthousiastes de projection privée ont annulé illico sa participation. Brian de Palma viserait plutôt Cannes, il n'aurait pas tort. 

Domino, son nouveau film, possède un synopsis plutôt intrigant et plongeant d'emblée dans l'actualité la plus brûlante : Christian est un policier de Copenhague. Son coéquipier a été tué par un mystérieux homme nommé Imran. Avec la maîtresse de son défunt collègue, il part alors à la recherche du meurtrier. Leur enquête les mène de la Scandinavie à l'Espagne, au cœur d'une Europe menacée par le terrorisme. Comme on le voit, de Palma n'hésite pas à évoquer l'un des thèmes les plus dangereux de notre quotidien, sous couvert de fiction. Son intrigue peut évoquer aussi bien La Mort aux trousses qu'une série B de luxe. En tout cas, il sera accompagné dans cette aventure par Nikolaj Coster-Waldau (Jaime Lanninster dans Game of Thrones, mais remarqué aussi dans l'excellent Shot Caller), Carice Van Houten (Mélisandre dans Game of Thrones mais d'abord révélée par le formidable Black Book de Paul Verhoeven) et enfin Guy Pearce (Le Dahlia Noir, L.A. Confidential). Il semblerait que, pour de Palma, la fréquentation assidue de Wes Anderson, Noah Baumbach et Jake Paltrow lui ait offert une sorte de fontaine de jouvence.

On espère que Thierry Frémaux aura la bonne idée de le sélectionner et si possible en compétition, de Palma n'ayant jamais concouru dans le plus grand festival du monde (Mission to Mars a été sélectionné mais hors compétition). Mais Domino pourrait également faire un brillantissime film d'ouverture. Etrangement, de Palma a rarement été récompensé dans des festivals majeurs, hormis au Festival d'Avoriaz ( deux fois avec Phantom of the Paradise et Carrie). Dans les festivals plus classiques, il n'a été récompensé en tout et pour tout que deux fois : un Ours d'argent pour Greetings (1969) et un Lion d'argent de la mise en scène pour Redacted (2007), ce qui s'avère bien mince pour celui qui est peut-être le plus grand metteur en scène encore en activité. Aux côtés de ceux de Spielberg ou de Scorsese, certains cinéphiles peuvent en effet préférer son style flamboyant, composé de plans-séquences souvent inoubliables. Cannes serait donc l'occasion ultime de le couronner soit d'une Palme, incroyable couronnement d'une carrière dédiée à l'amour du cinéma, soit à tout le moins d'un Prix de la mise en scène, digne récompense d'un talent stylistique et formaliste hors normes. 

Quoi qu'il arrive, en tout cas, une rétrospective de Palma serait prévue à la Cinémathèque française fin mai-début juin, selon des échanges de mails entre de Palma et l'institution. Ce qui est déjà en soi une très bonne nouvelle, confirmant l'actualité de l'artiste. Alors la Palme pour de Palma?