Enfin! Depuis le scandale Weinstein, le mouvement #metoo a lancé une lame de fond à travers le monde qui ne semble pas prête de s'arrêter. Aux Etats-Unis, cette riposte est passée surtout par les cérémonies de cinéma, en particulier les Golden Globes, le 7 janvier 2018, où les stars féminines (Natalie Portman, Jessica Chastain, Reese Witherspoon, Meryl Streep, etc.) se sont présentées vêtues de noir, en signe de protestation, et ont conçu l'association Time's up, chargée d'apporter des réponses et de lever des fonds pour remédier aux problèmes de violences, abus de pouvoir et inégalités professionnelles entre femmes et hommes.

En Angleterre, le 18 février, l'industrie cinématographique s'engageait contre le harcèlement sexuel par une tribune publiée dans le Guardian signée entre autres par Jodie Whittaker, Gemma Arterton, Carey Mulligan, Keira Knightley, Emma Watson. Cette tribune indiquait que "dans un passé encore très récent, nous vivions dans un monde où le harcèlement sexuel était une blague inconfortable - une partie désagréable mais inévitable de la vie d'une femme. Ce n'était évidemment pas sujet de réflexion, donc évidemment pas quelque chose sur lequel la société souhaitait travailler. En 2018, nous nous réveillons dans un monde qui semble mûr pour le changement." Elle mettait en place des personnes, une femme et un homme, chargées de lutter contre le harcèlement sexuel et l'inégalité sur chaque tournage en Angleterre et célébrait "cet incroyable moment de solidarité et d'unité qui traverse les frontières". Oui mais quid de la France?

En France, le 9 janvier, a été publiée par le Monde une tribune libérant une soi-disant autre parole et légitimant une liberté d'importuner. Cette tribune des 100, cosignée par Catherine Deneuve, Brigitte Lahaie, etc., dont le seul mérite a été d'engendrer un débat permettant de préciser des concepts, donnait une image plus que réactionnaire et rétrograde de notre pays. Il eût été dommage d'en rester là.

La tribune de Libération du 27 février permet heureusement de tourner définitivement cette page malencontreuse. Sur le même modèle que Time's Up, il s'agit désormais de passer à l'action et de ne pas en rester aux simples déclarations. Un collectif d'actrices, de réalisatrices, de productrices, d'humoristes s'associe à la Fondation des femmes pour lancer un appel contre le harcèlement sexuel. Parmi elles, se trouvent Julie Gayet, Camille Cottin, Tonie Marshall, Sandrine Bonnaire, Emmanuelle Devos, Jeanne Balibar, Isabelle Carré, Sara Forestier, Anna Mouglalis, Diane Kruger, Adèle Haenel, Vanessa Paradis, Clémence Poésy, Christine and The Queens, Garance Marillier, etc. Elles manifesteront lors de la cérémonie des César le vendredi 3 mars, en arborant un discret ruban blanc. Quelques (trop rares) hommes figurent dans la liste: Michel Hazanavicius, Cédric Klapisch, Mouloud Achour, etc.

Elles appellent à lever des fonds pour soutenir les associations d'aide aux victimes de harcèlement sexuel. Il était temps que la France redresse la tête et réagisse pour se montrer ENFIN solidaire d'un mouvement mondial qui peut être le signal d'une nouvelle société plus égalitaire et juste entre femmes et hommes. Merci à elles. Voici le texte de l'appel : 

Appel de la Fondation des femmes

On a subi. Quels que soient nos lieux de vie, nos métiers, nos origines, nous avons subi ou avons été les témoins de sexisme ou de violences.

On a enduré. Nous sommes passées outre. Nous avons essayé de faire comme si de rien n’était. Nous avons ravalé notre indignation pour avancer.

On s’est tu. Souvent, nous n’avons rien dit. Par crainte. Par habitude. Pour oublier. Ou parce que nous espérions être l’exception plutôt que la règle.

On a crié. Alors que certaines parlaient depuis longtemps sans être entendues, il y a quelques mois, des actrices ont percé le mur du silence.

On a balancé. Elles ont ouvert la voie. A travers le monde, des millions de femmes leur ont fait écho. Grâce aux réseaux sociaux, elles ont mis en commun leur vécu.

On a dénoncé. De nombreuses femmes ont alors pour la première fois trouvé le courage de porter plainte.

On a rassemblé. Parce que nous sommes convaincues que demain ne doit pas ressembler à hier ou à aujourd’hui.

On a polémiqué. Nous vivons toutes le sexisme mais nous ne sommes pas toutes d’accord sur la façon d’y répondre. Parce que nous ne vivons pas les agressions de la même manière.

Maintenant on agit. Nous sommes différentes mais avons une même envie d’agir. Nous voulons créer un présent plus doux pour celles qui souffrent aujourd’hui, et un avenir apaisé pour nos filles et nos fils. Les femmes victimes de violence méritent que les associations qui les accompagnent aient les moyens de le faire dignement. Nous sommes inquiètes : mal accompagnées, les femmes sont vulnérables face à la justice. Il est temps d’agir. Ensemble, soutenons celles et ceux qui œuvrent concrètement pour qu’aucune n’ait plus jamais à dire #MeToo. Donnons.

Voici l'adresse du site, pour aider leur action: https://fondationdesfemmes.org/