Comme chaque année, la grand messe habituelle de l'académie française du cinéma annonce les heureux choisis et cette année cumulera un nombre particulièrement impressionnant de nominations, avec 117 au total (sans compter le nouveau "César du public").

En haut du podium avec 13 nominations, 120 battements par minute est un favori logique après son accueil très positif à Cannes et un écho public assez large (même si le film reste loin d'être un succès exceptionnel, cumulant 813 000 entrées en fin de carrière). Le film est nommé dans plusieurs catégories reines dont meilleur film, meilleur réalisateur, meilleur scénario original.

13 nominations aussi pour Au revoir là-haut, LE blockbuster auteurisant français de l'année, avec là aussi de nombreuses nominations clé, que ce soit meilleur acteur pour Albert Dupontel, meilleur film ou meilleur scénario adapté.

Plus surprenant, ce sont les 10 nominations pour Le sens de la fête, honnête comédie française du duo Toledano / Nakache, dont on se demande bien comment elle peut totaliser autant de nominations, dont pas moins de 5 nominations pour son casting, y compris des seconds rôles qui ne font pourtant que traverser le film dans des rôles anodins et souvent sous-écrits. Un César du meilleur second rôle pour Gilles Lellouche dans Le sens de la fête ? On se demande qui pilote l'avion pour en arriver là.

Quoiqu'il en soit, un premier constat s'annonce : à eux 3, c'est déjà 30% des nominations qui sont décernées, donnant l'impression non pas d'un raz-de-marée, mais plutôt au contraire d'une industrie en panne sèche, coincée entre des comédies franchouillardes au mieux médiocres (au pire franchement atroces) qu'elle ne peut décemment récompenser et des films qualitativement plus méritants mais trop rares pour permettre un peu plus de diversité chez les nommés.

On découvre ainsi que I Am Not A Negro est un film "considéré comme d’expression originale française, au sens de la réglementation française.", ce qui permet de nommer un documentaire anglophone, contextuellement et thématiquement 200% américain, et réalisé par un Haïtien. Dommage car s'il y a bien une catégorie qui n'avait pas besoin d'une astuce, c'était bien la catégorie documentaire, fortement fournie entre Depardon, Varda et Caravaca.

On peut aussi être sidéré devant les 3 films se répartissant les 5 nominations pour le Meilleur second rôle masculin. A quand une règle obligeant à une seule nomination par film par catégorie ?

En étendant le tiercé de tête en un quinté, c'est Barbara et ses 9 nominations ainsi que Petit paysan et ses 8 nominations qui complètent le peloton de tête, pour alors un cumul de... 45% des nominations en 5 films.

On peut alors se réjouir de voir Grave percer avec ses 6 nominations ou Patients réussir tant bien que mal à obtenir 4 nominations au milieu de ce fatras. Ces 2 films semble représenter assez bien les ambitions premières de ces récompenses : des œuvres ambitieuses, pas forcément parfaites, mais qui ont le mérite de s'essayer à quelque chose d'assez unique dans le cinéma français tout en restant accessibles et assez universels, tout en étant habituellement gentiment 

A noter qu'on n'est, comme souvent pour ces catégories, plus à une aberration près, mais on est perplexe devant la nomination de Laetitia Dosch le Meilleur espoir féminin après 3 premiers rôles et 3 seconds rôles alors que Doria Tillier est nommée en Meilleure actrice pour son premier rôle dans un long métrage. Logique.

Du coup, le balancier se fait fort au milieu de toutes ces têtes si habituelles (Dupontel, Amalric, Attal, Bacri, Beauvois, etc) et oblige l'académie à sortir l'artillerie lourde : un "César du public" qui "récompensera les films ayant fait le plus d’entrées parmi les fils sortis en 2017". Aucune liste officielle pour le moment, mais se référer au Box Office français 2017 fait peur, très peur quant aux films qui seraient en lice : Raid Dingue (4.57M d'entrées), Valerian (4M), Alibi.com (3.58M), Le sens de la fête (3M - visiblement, 10 nominations, c'est pas assez) et Épouse-moi mon pote (2.5M) compose le top 5 2017, soit une panoplie de films majoritairement très franchouillards et qui laissent dubitatifs quant à leurs mérites cinématographiques respectifs. Entre un blockbuster à la Française qui reviendrait à donner un César au dernier Michael Bay, un film déjà 10 fois nommé et des comédies au contenu franchement discutable, on ne va pas aller loin (mais on évite le pire : l'année dernière, Les visiteurs 3 aurait pu prétendre au prix).

Sauf qu'on peut se demander la pertinence d'un prix visant avant tout à (je cite le règlement officiel "récompenser les réalisations les plus remarquables du cinéma [...], encourager la création cinématographique et attirer sur elle l’attention du public."

Quel besoin d'attirer l'attention du public sur des films... qui sont déjà les plus gros succès au Box Office ? Quel encouragement à la création cinématographique devant des films rarement créatifs, flattant souvent un humour bas-de-plafond et gras, et cinématographiquement plus proche d'un reportage FR3 Ardennes que d'un véritable film de cinéma ? Leurs seuls faits remarquables sont, précisément, leurs scores au Box Office, qui devraient largement se suffire à eux-mêmes et permettre justement de mettre en avant des films moins intuitivement grand public, mais aux qualités méritant d'être mises en avant et susciter la curiosité des spectateurs.

A la place, l'académie essaie de faire un grand écart, récompensant des films produits à la chaîne dont seule une poignée de plus en plus faible sort du lot, et de l'autre tentant tant bien que mal de les faire cohabiter avec des succès publics rarement de qualité.

Bref : bon courage.

Meilleur Film

  • 120 Battements par minute, de Robin Campillo
  • Au Revoir là-haut, d'Albert Dupontel
  • Barbara, de Mathieu Amalric
  • Le Brio, d'Yvan Attal
  • Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir
  • Petit Paysan, d'Hubert Charuel
  • Le Sens de la fête, d'Eric Tolédano et Olivier Nakache

Meilleur acteur

  • Swann Arlaud pour Petit Paysan
  • Daniel Auteuil pour Le Brio
  • Jean-Pierre Bacri pour Le Sens de la Fête
  • Guillaume Canet pour Rock'n' Roll
  • Albert Dupontel pour Au revoir là-haut
  • Louis Garrel pour Le Redoutable
  • Reda Kateb pour Django

Meilleure actrice

  • Jeanne Balibar pour Barbara
  • Juliette Binoche pour Un Beau soleil intérieur
  • Emmanuelle Devos pour Numéro Une
  • Marina Foïs pour L'Atelier
  • Charlotte Gainsbourg pour La Promesse de l'aube
  • Doria Tillier pour Monsieur et Madame Adelman
  • Karin Viard pour Jalouse

Meilleur espoir féminin

  • Iris Bry pour Les Gardiennes
  • Laëtitia Dosch pour Jeune femme
  • Eye Haïdara pour Le Sens de la fête
  • Camélia Jordana pour Le Brio
  • Garance Marillier pour Grave

Meilleur espoir masculin

  • Benjamin Lavernhe pour Le Sens de la fête
  • Finnegan Oldfield pour Marvin ou la belle éducation
  • Pablo Pauly pour Patients
  • Nahuel Perez Biscayart pour 120 Battements par minute
  • Arnaud Valois pour 120 Battements par minute

Meilleur second rôle masculin

  • Niels Arestrup pour Au revoir là-haut
  • Laurent Lafitte pour Au revoir là-haut
  • Gilles Lellouche pour Le Sens de la fête
  • Vincent Macaigne pour Le Sens de la fête
  • Antoine Reinartz pour 120 Battements par minute

Meilleur second rôle féminin

  • Laure Calamy pour Ava
  • Anaïs Demoustier pour La Villa
  • Sara Giraudeau pour Petit Paysan
  • Adèle Haenel pour 120 Battements par minute
  • Mélanie Thierry pour Au revoir là-haut

Meilleure réalisation

  • Robin Campillo pour 120 Battements par minute
  • Albert Dupontel pour Au revoir là-haut
  • Mathieu Amalric pour Barbara
  • Julia Ducournau pour Grave
  • Hubert Charuel pour Petit Paysan
  • Michel Hazanavicius pour Le Redoutable
  • Eric Tolédano et Olivier Nakache pour Le Sens de la fête

Meilleur scénario original

  • Robin Campillo pour 120 Battements par minute
  • Mathieu Amalric et Philippe Di Folco pour Barbara
  • Julia Ducournau pour Grave
  • Claude le Pape et Hubert Charuel pour Petit paysan
  • Eric Tolédano et Olivier Nakache pour Le Sens de la fête

Meilleure adaptation

  • Albert Dupontel et Pierre Lemaître pour Au revoir là-haut
  • Xavier Beauvois, Frédérique Moreau et Marie-Julie Maille pour Les Gardiennes
  • Grand Corps Malade et Fadette Drouard pour Patientes
  • Eric Barbier et Marie Eynard pour La Promesse de l'aube
  • Michel Hazanavicius pour Le Redoutable

Meilleur premier film

  • Grave, de Julia Doucournau
  • Jeune femme, de Léonor Serraille
  • Monsieur & Madame Adelman, de Nicolas Bedos
  • Patients, de Grand Corps Malade et Mehdi Idir
  • Petit Paysan, d'Hubert Charuel

Meilleur court-métrage :

  • Les Bigorneaux, d'Alice Viail
  • Le Bleu blanc rouge de mes cheveux, de Josza Anjembe
  • Debout Kinshasa, de Sébastien Maître
  • Marlon, de Jessica Palud
  • Les Misérables, de LADJLY

Meilleur court-métrage d’animation

  • Le Futur sera chauve, de Paul Cabon
  • I Want Pluto to be a Planet Again, de Marie Amachoukeli et Vladimir Mavounia-Kouka 
  • Le Jardin de minuit, de Benoît Chieux
  • Pépé le morse, de Lucrèce Andreae

Meilleur long-métrage d’animation

  • Le Grand méchant renard et autres contes, de Benjamin Renner et Patrick Imbert
  • Sahara, de Pierre Coré
  • Zombillénium, d'Arthur de Pins et Alexis Ducord

Meilleur film documentaire

  • 12 Jours, de Raymond Depardon
  • A voix haute - La force de la parole, de Stéphane de Freitas et LADJY
  • Carré 35, d'Eric Caravaca
  • I Am Not Your Negro, de Raoul Peck
  • Visages, villages, d'Agnès Varda et JR

Meilleure Musique originale

  • Arnaud Rebotini pour 120 Battements par minute
  • Christophe Julien pour Au revoir là-haut
  • Jim Williams pour Grave
  • Myd pour Petit paysan
  • Matthieu Chédid pour Visages, villages

Meilleure photo

  • Jeanne Lapoirie pour 120 Battements par minute
  • Vincent Mathias pour Au revoir là-haut
  • Christophe Beaucarne pour Barbara
  • Caroline Champetier pour Les Gardiennes
  • Guillaume Schiffman pour Le Redoutable

Meilleur montage

  • Robin Campillo pour 120 Battements par minute
  • Christophe Pinel pour Au revoir là-haut
  • François Gedigier pour Barbara
  • Julie Lena, Lilian Corbeille et Grégoire Pontecaille pour Petit paysan
  • Dorian Rigal Ansous pour Le Sens de la fête

Meilleur son

  • Julien Sicart, Valérie de Loof et Jean-Pierre Laforce pour 120 Battements par minute
  • Jean Minondo, Gurwall Coïc-Gallas, Cyril Holtz et Damien Lazzerini pour Au revoir là-haut
  • Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau et Stéphane Thiébaut pour Barbara
  • Mathieu Descamps, Séverin Favrieau et Stéphane Thiébaut pour Grave
  • Pascal Armant, Sélim Azzazi et Jean-Paul Hurier pour Le Sens de la fête

Meilleur film étranger

  • Le Caire confidentiel, de Tarik Saleh
  • Dunkerque, de Christopher Nolan
  • L'Echange des princesses, de Marc Dugain
  • Faute d'amour, d'Andreï Zviaguintsev
  • La La Land, de Damien Chazelle
  • Noces, de Stephan Streker
  • The Square, de Ruben Ostlund

Meilleurs costumes

  • Isabelle Pannetier pour 120 Battements par minute
  • Mimi Lempicka pour Au revoir là-haut
  • Pascaline Chavanne pour Barbara
  • Anaïs Romand pour Les Gardiennes
  • Catherine Bouchard pour La Promesse de l'aube

Meilleurs décors

  • Emmanuelle Duplay pour 120 Battements par minute
  • Pierre Quefféléan pour Au revoir là-haut
  • Laurent Baude pour Barbara
  • Pierre Renson pour La Promesse de l'aube
  • Christian Marti pour Le Redoutable