Harry Dean Stanton : un visage inoubliable du cinéma s'en va

Son dernier rôle, il l'aura joué pour David Lynch dans cette saison 3 funèbre de Twin Peaks, regorgeant d'hommages à ses acteurs disparus. Du haut de ses 91 ans, Harry Dean avait encore fière allure, portant haut sa silhouette longiligne et son visage en lame de couteau, illuminé par un gentil regard triste d'enfant brimé. Il était pourtant l'un des derniers à avoir tourné avec Michael Curtiz et John Ford au crépuscule de leur considérable carrière. De John Ford à David Lynch, c'est le visage d'une Amérique profonde, douce et tolérante qui s'en va. 

Second rôle essentiel du cinéma américain, il a traversé beaucoup de tournages, du Parrain 2 de Francis Ford Coppola, en passant par Macadam à deux voies de Monte Hellman, jusqu'à Pat Garrett et Billy the Kid de Sam Peckinpah. Il a d'abord débuté dans les westerns, sa silhouette s'épanouissant dans les grands paysages de l'Ouest américain, et a fini par s'imposer comme une évidence chez les meilleurs metteurs en scène, John Huston (Le Malin), Bertrand Tavernier (La Mort en direct), John Carpenter (New York 1997, Christine) et même un court métrage de Terrence Malick. Il mourait parfois au cinéma comme dans cette scène emblématique de Alien de Ridley Scott. Mais cet habitué des seconds rôles a eu son heure de gloire dans l'un des plus beaux films de ces cinquante dernières années, Paris, Texas de Wim Wenders, l'une des plus belles Palmes d'or du Festival de Cannes. En mari esseulé et père laconique, il faisait merveille et nous faisait tous pleurer d'abord par son silence puis par sa litanie ininterrompue en guise d'exutoire final. Un rôle magique qui fut le couronnement de sa carrière en 1984. Après Sam Shepard, c'est un autre cocréateur de ce chef-d'oeuvre absolu qui nous quitte.

Ensuite, après ce coup d'éclat, il est revenu, comme si de rien n'était, à ses seconds rôles et participations. Cela faisait à chaque fois du bien de le voir au détour d'un plan, nous rassurer sur la pérennité d'un certain cinéma. Depuis les années 90, il a surtout noué un compagnonnage fidèle avec David Lynch: Sailor et Lula (autre Palme d'or), Twin Peaks Fire walk with me, Une Histoire vraie, INLAND EMPIRE, Twin Peaks saison 3. Jamais au premier plan, Harry Dean se tenait en retrait, pièce essentielle du dispositif lynchien, silhouette rassurante au milieu de beaucoup de bizarreries, cf. son apparition bouleversante à la fin d'Une Histoire vraie. Il était même devenu un visage familier des spectateurs de télévision par son rôle récurrent dans Big Love et son incarnation de Carl Rodd, le gérant du camping de la Grosse Truite, dans la saison 3 de Twin Peaks. Dans une scène magnifique de cette saison 3, on le voit accablé et révolté par la mort d'un enfant renversé par Richard Horne. Alors qu'il tient entre ses bras le corps de l'enfant, son regard suit alors le trajet lumineux d'une âme qui monte directement au ciel. On ne peut que lui souhaiter de trouver un tel chemin.  RIP Harry Dean.  

 

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