Retour sur les conférences de presse du jury et des lauréats de Cannes 2017

Le Palmarès du 70ème Festival de Cannes a réservé comme d'habitude des moments forts et émouvants dont on retiendra surtout l'effarement de Joaquin Phoenix découvrant qu'il venait d'être élu meilleur acteur du Festival et montant sur scène en baskets. Nous reviendrons plus en détail sur le palmarès dans un article de bilan.

Les conférences de presse des membres du jury et des lauréats 2017 ont également réservé leur lot de révélations et de moments étonnants. Pedro Almodovar, Président du jury, a été interrogé sur le fait de savoir si sa défense des droits LGBT n'a pas été meurtrie de ne pouvoir attribuer la Palme à 120 battements par minute de Robin Campillo. Il a répondu qu'il avait adoré ce film pendant et longtemps après la projection, en ayant même pleuré, mais le fonctionnement du jury était selon ses dires extrêmement démocratique et il n'en représentait qu'une petite partie, un neuvième. Il n'a pas souhaité en dire plus mais a fait ainsi comprendre qu'il a défendu jusqu'au bout le Campillo, devant s'incliner face une majorité de voix pour The Square.

On a donc découvert que la principale avocate de The Square était, ô surprise, une Française, Agnès Jaoui, qui a évoqué un film "intelligent, drôle, traitant de beaucoup de thèmes importants: comment aider les pauvres dans le monde, comment attirer l'attention des médias en les provoquant". Elle a souligné l'excellente qualité de la distribution, en particulier de l'acteur principal (Claes Bang) dont elle est "tombée amoureuse".

Pedro Almodovar a également tenu à défendre les qualités de The Square, qu'il a beaucoup apprécié, même s'il n'a sans doute pas voté pour lui. Il a indiqué que le film traitait de "la dictature du politiquement correct", "d'un sujet très sérieux traité avec une imagination incroyable" et a terminé en disant que "c'était un film très riche qu'il aimerait certainement revoir".

En revanche, il a passé la parole à Will Smith qui était apparemment le seul dans le jury à avoir adoré le film hongrois, La Lune de Jupiter, film qui n'a pas obtenu de prix au Palmarès. Cela montre bien l'esprit de bonne entente qui régnait dans le jury, où chacun respectait les goûts de l'autre, même s'il ne les partageait pas. Apparemment une sorte de communauté pour faire avancer les idées dans le monde et le cinéma est en cours entre Park Chan-Wook et Will Smith. Jessica Chastain et Maren Ade ont quant à elles défendu le féminisme et la part croissante des femmes dans l'univers du cinéma, en particulier à travers le prix de la mise en scène accordé à Sofia Coppola, en faisant remarquer que c'était la première fois qu'une femme était récompensée du prix de la mise en scène à Cannes.

Pour les lauréats de You were never really here de Lynne Ramsay, Joaquin Phoenix a avoué qu'il était réellement étonné et ne s'attendait absolument à aucun prix, ce qui montre la modestie du bonhomme. Il a également reconnu que c'était la première fois de toute sa vie qu'il remportait un prix. Quant à Lynne Ramsay, Prix du scénario ex aequo, elle a affirmé que cela ne l'ennuyait absolument pas de partager son prix avec des Grecs car elle a passé 3 ans de sa vie en Grèce, sa deuxième patrie.  

Yorgos Lanthimos, son co-lauréat du Prix du scénario, a quant à lui indiqué que la séance de présentation de son film a été très éprouvante car il entendait sans arrêt beaucoup de personnes tousser et se demandait ce qui arrivait aux spectateurs. Il faut souligner que Mise à mort du cerf sacré a été parmi l'un des films les plus mal reçus par la presse et le public. Ceci explique sans doute cela. Yorgos Lanthimos a tout de même pu remporter son troisième prix à Cannes, après Canines et The Lobster.

Sandrine Kiberlain, Présidente du jury de la Caméra d'or, a accompagné Leonor Serraille, la lauréate, et Laetitia Dosch, l'actrice du formidable Jeune femme. Elle a tenu à dire que ce film a été l'un des derniers à avoir été vus par le jury, qui plus est, dans les plus mauvaises conditions (4 films le dernier jour, en raison de la journée dédiée au 70ème anniversaire) et que malgré cela, il s'est imposé et a bousculé la hiérarchie des films déjà visionnés car Jeune femme fait preuve d'un véritable désir de cinéma et d'une volonté irrépressible d'entraîner une équipe autour de ce désir. Pour Leonor Serraille, le fait de voir son film présenté à Un Certain Regard était déjà une consécration et elle n'en a pas cru ses yeux lorsque des gens l'ont applaudi debout à la fin de la projection.

Andrei Zviaguintsev, sérieux comme un Pape, a estimé que la sélection de tout film à Cannes représentait un immense tremplin pour le faire connaître à l'international. Pour lui, l'arrière-plan politique du film existe mais est secondaire ; ce qu'il a voulu avant tout mettre en avant, c'est l'absence d'empathie et l'égoïsme des gens. Il n'a pas souhaité réagir au fait que son film, Faute d'amour, avait la réputation d'être plus triste que Léviathan, son précédent, et qu'il ait été programmé le premier jour, décision incombant au délégué général.

Diane Kruger, meilleure actrice du Festival, a raconté qu'elle voulait depuis longtemps travailler avec Fatih Akin, dont elle adorait les films, qu'il était son héros et qu'il a su lui offrir un rôle qui lui a permis de dépasser ses limites et d'exprimer des choses qu'elle ne soupçonnait pas en elle. Le fait de tourner dans l'ordre chronologique de l'histoire l'a beaucoup aidée. Pour elle, il existe clairement un avant et un après ce film qui représente un tournant dans sa carrière.

Grand Prix du Jury pour 120 battements par minute, longtemps favori pour la Palme, Robin Campillo n'avait pas l'air trop déçu, vu le nombre de fans dans le public, la presse, voire le jury. Il s'est senti néanmoins un peu seul sur scène, lors de la remise de son prix, et aurait aimé que sa troupe le rejoigne. Il ne savait pas qu'Almodovar avait pleuré en voyant son film et confesse avoir un rapport très particulier à l'émotion, devant mettre en scène des situations qu'il avait lui-même vécues. Il s'était en fait coupé des émotions, jusqu'à paraître assez froid car il était pour lui inconcevable de craquer face à des comédiens qu'il devait diriger.

En voyant les metteurs en scène s'exprimer, on s'aperçoit que le film reflète l'homme (ou la femme). Sérieux et solennel pour Zviaguintsev, humain et émouvant pour Campillo et enfin drôle et sarcastique pour Ruben Ostlund. Rayonnant et goguenard, le lauréat de la Palme d'or, a lancé qu'il aurait été ravi de partager sa palme avec Michael Haneke, avant de se raviser en riant : "non, non, je ne veux partager ma Palme avec personne, en fait".  Pour lui, l'argument de l'art contemporain dans son film signifie la possibilité de sortir des conventions et des habitudes, en voyant plus loin. Il a répondu à la rumeur insinuant que son film avait été l'un des derniers à être sélectionnés, en raison de sa longueur. Il a reconnu implicitement que l'on avait fait pression sur lui pour raccourcir son film (2h20 au total) mais qu'il n'a pas cédé. En fin de compte, il a conclu en guise de boutade, qu'il ne voyait pas pourquoi on faisait des films longs pour Harry Potter et que lui n'en avait pas le droit et que par conséquent, il fera une version longue de The Square. Le fera-t-il vraiment? Affaire à suivre... 

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