C’est avec un mélange d’impatience et d’appréhension qu’on guettait le retour d’Elliot Alderson (Rami Malek), de sa voix monocorde et de son univers aussi glaçant que sidérant. On l’avait laissé plus déboussolé que jamais, les yeux exorbités tandis qu’il observait la réussite du « grand hack » avec son recul caractéristique, moins dans la joie que dans l’inquiétude. Une inquiétude qui ne nous épargnait pas en tant que spectateur car, si le système contre lequel Elliot s’était battu au cours de cette première saison s’écroulait devant lui, la série en faisait de même devant nous. Intitulé « Zer0-day », l’épisode final promettait de faire table rase. Il achevait de détruire les quelques repères construits sur douze épisodes et finissait de gommer les dernières lignes narratives garantissant la cohérence du programme. L’esprit malade d’Elliot avait tout gangrené, à tel point qu’aucune certitude ne subsistait, pas même celle que ce qu’on avait vu s’était réellement déroulé.

Baptisée « 2.0 », en référence au Web que nous connaissons aujourd’hui, et qui met au centre de ses préoccupations l’interactivité, la seconde saison de Mr Robot tend pourtant davantage vers ce qui caractérisait le Web original, le « World Wide Web », littéralement « la toile d’araignée mondiale ». Obtuse et chaotique, cette nouvelle salve d’épisodes se garde bien d’interagir avec le spectateur. Mieux, elle s’y refuse catégoriquement au travers de son personnage principal qui nous annonce d’entrée de jeu « je ne vous fais plus confiance ». Le contact avec son « ami » du quatrième mur étant rompu, Elliot n’a plus besoin de clarifier ses pensées ni de se justifier, et c’est désormais au spectateur que revient la tâche de reconstituer le puzzle de la narration et de distinguer le faux du vrai, si tant est que la distinction soit encore pertinente.

« C’est dans votre tête » s’entend dire Angela alors qu’elle demeure l’un des rares personnages dignes de confiance et semblait encore une fois faire montre d’un raisonnement implacable. Il faut croire que la mythomanie est désormais une maladie contagieuse, au même titre que la schizophrénie qui s’était muée la saison derrière en une folie générale, touchant autant Elliot que le monde dans lequel il évoluait et la série elle-même. En conséquence, ces cinq premiers épisodes sont aussi stimulants que déconcertants. On est bien tenté de s’appliquer à chercher une logique dans cette suite de nombres disparates mais le doute nous gagne par à-coups : logique, y a-t-il vraiment dans ce gloubi-boulga d’informations ?

La série de Sam Esmail n’a jamais particulièrement su éviter les facilités ou les lieux communs et horripile parfois par son manque de subtilité. Elle ose mettre en scène un combat intérieur en une impossible partie d’échecs alors même que le twist de la saison précédente était déjà tombé comme un cheveu sur la soupe. Elliot et son alter ego imaginaire enchaînent les matchs nuls avant d’en venir à la conclusion qu’ils se trouvent dans une impasse. Cette conclusion c’est peu ou prou celle à laquelle on arrive en visionnant ces nouveaux épisodes car Mr Robot 2.0 est finalement moins un reboot de la première saison qu’une création en réactualisation perpétuelle où rien n'est jamais acquis très longtemps.

Paradoxalement, c’est sans doute pour cette raison que la série continue d’exercer un pouvoir de fascination intact, malgré ses défauts évidents et l’exigence de son arythmie croissante. Mr Robot donne toujours l’impression de se tenir à distance d’elle-même, comme si elle prenait les clichés pour argent comptant et ne voyait pas de mal à les jeter dans son pot-pourri d’inspirations, pourtant également constitué d’ingrédients plus nobles, comme une photographie léchée, un direction d’acteurs impeccable et une bande son de grande qualité.

A défaut de convaincre entièrement, la série de Sam Esmail persiste à interroger notre regard et à bousculer nos habitudes de spectateurs. Pour sûr, cette audace et le regard halluciné du génial Rami Malek valent à eux seuls le détour.