This is the end, my only friend…The end…chantait un Jim Morrisson divaguant en-dehors des réalités…La 5ème édition du Champs-Elysées Film Festival ne s’est pas passée sans heurts, devant affronter les grèves, l’Euro de football, la pluie, et j’en passe…Par rapport aux années précédentes, il a su pourtant résister à la concurrence de Paris Cinéma (festival hélas défunt, que nous suivions assidument) et celle redoutable de Côté Court (qui a modifié intelligemment ses dates pour ne pas soumettre les cinéphiles à un dilemme insoluble). Et il se termine cette année, une fois encore heureusement en nous ayant fait vivre d’excellents moments de cinéma. On retiendra en particulier quelques moments immanquables comme l’incontournable Masterclass d’Abel Ferrara, une compétition d’un meilleur niveau cette année (nous y reviendrons dans la suite du texte) et l’avant-première de Love and Friendship de l’excellent Whit Stillman au hasard…

Ce mardi était donc le jour de la cérémonie de clôture. Contrairement à l’année dernière, où d’autres séances coexistaient, on ne pouvait donc plus se tromper. Il n’en restait plus qu’une. On regrettera encore une fois que la presse soit une nouvelle fois cantonnée à la fameuse salle 2 du Publicis Champs-Elysées et privée de manière frustrante d’un direct pourtant proche. C’est d’autant plus dommageable que pour certains (dont votre serviteur), une chronique quotidienne a été assurée régulièrement afin d’attirer le plus possible de spectateurs au festival.

La cérémonie a commencé avec plus d’une demi-heure de retard. Ce point sera sans doute à améliorer pour les éditions futures. Après les remerciements d’usage et des vidéos sympathiques présentant l’équipe du festival et récapitulant les grands moments de cette édition évoqués ci-dessus, il fut enfin temps de décerner les prix du Palmarès du festival. Destiné à couronner des reprises, le Prix Label étudiant remis par un jury 100% étudiant, fut décerné à Masculin Féminin de Jean-Luc Godard, ce qui eut pour conséquence de faire monter sur la scène Chantal Goya qui fit les beaux jours des enfants il y a une trentaine d’années, avant Dorothée. La surprise fut de voir qu’un film de Godard des années 60, révolutionnaire, moderne, innovateur à l’époque, est devenu un classique qui intéresse toujours la jeune génération.

Le prix du court métrage français a été décerné à Feuilles de printemps de Stéphane Ly-Cuong. Le prix du court métrage américain a couronné Thunder Road de Jim Cummings. Enfin nous eûmes une grande satisfaction, celle de voir récompensés les longs métrages que l’on avait signalés pour leur qualité lors de nos chroniques : prix du public pour le drame From Nowhere de Matthew Newton, dont on avait remarqué l’exceptionnel talent de mise en scène, et prix du jury pour l’excellent documentaire Weiner de Josh Kriegman et Elyse Steinberg, assorti d’une mention spéciale pour From Nowhere. Par conséquent le jury d’Alexandre Aja avait tout bon en récompensant nos deux favoris, l’un dans la catégorie fiction, l’autre parmi les documentaires. On aurait peut-être interverti les prix, accordant le prix du public à Weiner et le prix du jury à From Nowhere, mais cela provient sans doute de notre préférence pour la fiction face au documentaire. Ne chipotons donc pas. En l’espèce, le jury d’Alexandre Aja vient de prouver qu’il était tout à fait possible de récompenser les films qui ont le plus convaincu la presse et le public. Le jury du dernier Festival de Cannes devrait en prendre de la graine.

Comme film de clôture, nous avons eu droit à un premier film intriguant, Le Secret des banquises, écrit et réalisé par Marie Madinier, comédienne et metteur en scène sortie de la section scénario de la Fémis (comme Céline Sciamma, Rebecca Zlotowski ou Léa Fehner), avec Guillaume Canet, Charlotte Le Bon et Anne Le Ny. Le professeur Quignard et son équipe de chercheurs étudient la PPM, une protéine immunisante produite par le pingouin. Christophine, jeune thésarde un peu maladroite et émotive, décide de s’injecter du génome pingouin pour aider le professeur dans ses recherches, mais aussi pour se rapprocher de lui... quitte à devenir son cobaye. On pense au départ se retrouver dans la première partie du film face à une comédie romantique déjà vue mille fois, avec des séquences de sexe, réalisées comme des clips sportifs. Mais Marie Madinier a le courage d’affronter son sujet et de s’interroger sur le devenir-mutant de l’espèce humaine. Le film vire soudain au drame, voire presque à la tragédie. Peut-être pas inoubliable mais pas inintéressant, contrairement à beaucoup de films de clôture de festival. Guillaume Canet joue le contre-emploi du scientifique coincé tandis que Charlotte Le Bon surprend agréablement par son naturel comique. Une jolie fin pour un festival qui a tenu ses promesses et semble s’inscrire de manière durable dans le paysage.

Palmarès 2016 du CEFF

Prix du Label étudiant : Masculin Féminin de Jean-Luc Godard

Prix du court métrage français: Feuilles de printemps de Stéphane Ly-Cuong

Prix du court métrage américain : Thunder Road de Jim Cummings

Prix du public du long métrage indépendant américain: From Nowhere de Matthew Newton

Prix du jury du long métrage indépendant américain : Weiner de Josh Kriegman et Elyse Steinberg

Mention spéciale du jury: From Nowhere de Matthew Newton