Et voilà, c'est bientôt fini...Et cela se termine en beauté par l'une des grandes avant-premières du Festival, Love and friendship de Whit Stillman. Le public cinéphile et connaisseur ne s'y était pas trompé car il s'était déplacé en masse, remplissant complétement la grande salle du Publicis Champs Elysées, contrairement à la masterclass désertée de Mia Hansen-Løve

Whit Stillman et le CEFF, c'est une belle histoire. Stillman est un auteur culte qui a peu produit (5 films en 30 ans) mais a laissé des films marquants pour les cinéphiles (Metropolitan, Barcelona avec Mira Sorvino, Les Derniers jours du disco avec Kate Beckinsale et Chloé Sevigny, Damsells in distress avec Greta Gerwig). Entre Woody Allen et Eric Rohmer, Whit Stillman a su tracer sa voie et se trouve toujours où on ne l'attend pas. Sophie Dulac, la présidente du Festival, avait organisé une rétrospective Whit Stillman lors du CEFF et de fil en aiguille, est devenue la distributrice de son nouveau film.

Comment renouveler le genre des adaptations littéraires, en particulier les films adaptés de Jane Austen? Dans les années antérieures, des réussites s'étaient fait jour: Raison et sentiments de Ang Lee, scénarisé et joué par Emma Thompson, Orgueil et préjugés de Joe Wright avec Keira Knightley, les adapatations télévisées de la BBC avec la fine fleur des acteurs du théâtre et du cinéma britanniques. Whit Stillman a pris le parti de la comédie et de la vitesse. A partir d'un roman épistolaire de jeunesse, il embraie à toute vitesse l'intrigue, au point de nous perdre volontairement parmi sa myriade de personnages. On s'y retrouve toutefois assez vite et on est assez fasciné par l'entrelacs de relations sociales mis en scène comme dans Le Temps de l'innocence de Martin Scorsese. Tout est fin, élégant et finalement assez bienveillant, en dépit du machiavélisme avéré de Lady Susan qui s'évertue à marier sa fille et à détruire un autre ménage. Kate Beckinsale, dans le rôle principal, joue de son ingénuité pour dissimuler ses mauvaises intentions mais au bout du compte, Stillman pardonne un peu à tout le monde, dans une vision très renoirienne de l'humanité. Chloé Sevigny interprète dans le film la confidente américaine de Lady Susan, permettant à Stillman de reconstituer le fameux duo des Derniers jours du Disco. Au-delà du plaisir de retrouver Jane Austen au cinéma (on ne rappellera jamais assez qu'avec Madame de Lafayette, elle est sans doute le précurseur du roman moderne), Love and Friendship se signale par une efficacité comique inattendue dans ce type d'adaptations. Après le film, Stillman a prolongé le plaisir en dialoguant avec nous et deux de ses acteurs dont un costumé à l'image du film, procurant un vertige délicieusement désuet. Une des très belles séances du CEFF de cette année.