Un festival , c’est aussi l’occasion de découvrir des films méconnus, de dénicher des pépites passées inaperçues. Ce fut le cas ce samedi avec la redécouverte de L’Ange de la vengeance d’Abel Ferrara, le deuxième film du metteur en scène déjanté, qui ferait passer Elle de Verhoeven pour une bluette. En effet, une jeune et jolie muette s‘y fait violer à deux reprises et finit par tuer tous les hommes qui s’approchent d’elle. Film féministe, il montrera que la seule personne qui pourra l’arrêter sera une femme. Ce film permet de vérifier que le cinéma est injuste : on naît cinéaste, on ne le devient pas. Abel Ferrara, dès ses premières œuvres, possédait déjà un style découpé à la serpe, même avec des moyens limités, avec un scénario de série Z, destiné aux deuxièmes parties de soirées de chaînes françaises privées. La musique obsédante, les touches de couleur (le rouge à lèvres de Zoé Tamerlis, l’actrice principale), le montage accrocheur, toutes les qualités d’Abel Ferrara y sont déjà. Le film est aussi l’occasion de revoir la belle Zoé Tamerlis, d’une maigreur effrayante, qui fut aussi l’actrice et la coscénariste de Bad Lieutenant du même Abel Ferrara. Elle est morte à 37 ans d’une overdose.

En compétition, les documentaires s’étaient révélé nettement plus intéressants que les fictions. Aujourd’hui ce fut le contraire. From Nowhere de Matthew Newton est ainsi un vibrant plaidoyer pour l’intégration de jeunes élèves sans-papiers. On reconnaît un cinéaste au premier plan. C’est le cas ici. Il suffit d’une discussion en champ-contrechamp pour que Newton impose un rythme, une tension qui définissent un metteur en scène. Avec une direction d’acteurs hors pair (Julianne Nicholson, Denis O’Hare vu dans American Horror story, les ados d’une justesse exemplaire), ce film, aux fausses allures de documentaire, s’impose d’emblée comme favori dans la catégorie fiction.

En revanche, le film qui a suivi s’est avéré fort décevant en dépit de prémisses narratives fort intéressantes. Kate plays Christine est un bien étrange film, entre fiction et documentaire, où une jeune actrice, Kate Lynn Shail, interpréte pour une fiction le personnage de Christine Chabbuck, une animatrice de télé qui s’est suicidée en direct à l’antenne, inspirant le scénario de Network de Sydney Lumet. Les personnalités finissent par se confondre. On apprend durant le film que Christine était une jeune femme de 30 ans, obnubilée par son travail, toujours vierge, qui était dans un état semi-dépressif depuis son adolescence. On soupçonnera également ses supérieurs qui voulaient prôner une ligne d’actualité « sanglante et en couleurs » qu’elle a dénoncé juste avant de se suicider. Malheureusement il est difficile de trouver de l’intérêt à sa mort, pas plus qu’à sa vie. La fin du film, assez crapuleuse, où l’actrice rejoue le suicide, en ratant au passage le moment de sa mort, un peu comme Marion Cotillard dans The Dark Knight Rises, se termine par une interrogation face caméra : « ça a vous a plu, bande de sadiques ? ». Non, pas du tout et les spectateurs ne sont pas des sadiques, merci.