Dans un festival, on a beaucoup de choix. Beaucoup trop même. Rien que ce mercredi soir, on aurait pu aller à 4 soirées différentes : revoir Le Fugitif, classique du film d’action, présenté par son metteur en scène, Andrew Davis, au Publicis Cinéma ; revoir Coup de tête de Jean-Jacques Annaud, hommage paradoxal à la beauté du foot et à la corruption qui l’entoure, avec le regretté Patrick Dewaere qui n’a jamais été remplacé, à l’UGC George V ; participer à la séance de Télérama, l’Inconnu du ciné-club, avec film inconnu à la clé, au Balzac ; ou voir un film de la compétition, Weiner, de Josh Kriegman et Elyse Steinberg, au Lincoln.

Beaucoup de choix mais il s’agit surtout de ne se pas tromper. On avait opté pour la séance de l’Inconnu du ciné-club, concept intriguant où une personnalité du cinéma présente des extraits de ses films fétiches et la projection d’un film rare. On ne remerciera jamais assez le personnel du Balzac de nous avoir refusé l’entrée, car les places étaient payantes (6 euros tout de même), ce qui nous paraissait absolument contraire au principe de notre badge presse. On ne le remerciera jamais assez car on a appris plus tard que cette séance présentée par Nicole Garcia et Louis Garrel, était destinée à projeter Mal de Pierres, un film dont on avait dit tout le bien qu’on pensait de lui pendant le Festival de Cannes. On s’est donc replié sur Weiner qui a priori ne nous disait pas grand’chose. Le Dieu des Festivals était de notre côté. Bonne pioche.

En effet, Weiner est un documentaire épatant sur le candidat démocrate, Anthony Weiner, à la mairie de New York qui s’est retrouvé impliqué dans un scandale sexuel à base de textos et de photos compromettantes. On se retrouve donc avec une affaire politique à caractère sexuel comme celles ayant bouleversé les couples Hilary et Bill Clinton ou Dominique Strauss-Kahn et Anne Sinclair. On remarquera qu’en l’espèce, à la différence des cas précités, il n’y a pas réellement infidélité sinon virtuelle. Le film montre comment à l’heure des réseaux sociaux, une carrière politique ou autre peut être détruite. L'angle est documentaire, ce qui le différencie d'un film comme Welcome to New York d'Abel Ferrara, l'un des invités du Festival cette année.

L’affaire se complique si l’on sait que Anthony Weiner (saucisse en anglais, ce qui est lourdement prémonitoire) est l’époux d’Huma Abedin, la chef de cabinet d’Hilary Clinton. On assiste ainsi à de rares moments de vérité sur la vie du couple où les silences sont pesants et les regards parfois assassins. Weiner est ainsi un film très révélateur sur la lâcheté et la veulerie des hommes face à la consternation des femmes, ainsi que sur l’orgueil des hommes politiques qui leur interdit d’abandonner une cause perdue. Anthony Weiner est un cas typique d’homme politique qui se met en scène à chaque moment de sa vie : toujours en représentation, il s’est également mis en scène dans ses moments les plus privés.

Quelques scènes d’anthologie parsèment ce documentaire : l’arrivée de la croupière avec qui Weiner a échangé des textos et des photos intimes en bas de l’immeuble du QG de l’équipe de campagne de Weiner, ce qui a pour effet d’affoler tout le monde ; la discussion à la sortie d’une boulangerie entre Weiner et un électeur juif mécontent et un peu raciste ; un enfant tout content de voir Weiner dans la rue, qui lui dit « j’irai voir votre page Wikipédia », ce à quoi Weiner répond « il ne vaut mieux pas ». Par conséquent, en allant voir un film qu’on ne voulait pas vraiment voir, on est tombé sur un excellent documentaire. Les voies du cinéma sont impénétrables.