8h30 : Rester vertical d’Alain Guiraudie

Cette sélection en compétition d’Alain Guiraudie apparaît clairement comme un rattrapage de la non-sélection en 2013 de l’Inconnu du Lac. Il est étonnant de constater que quelques années plus tard, Alain Guiraudie qui se situait encore hier à la marge du cinéma français, y occupe désormais, comme Bruno Dumont une place centrale, sans renoncer le moins du monde à la radicalité de son univers et de son style.

On retrouve ici sa fascination pour les grands espaces, sa crudité sexuelle, son originalité iconoclaste (une scène de « suicide assisté » qui fera parler dans les chaumières). Traversé par la quête de la paternité et une tendresse non feinte pour les sans-abris, Rester vertical ressemble à la version Guiraudie du western, avec son cowboy solitaire (un réalisateur-scénariste en quête d’inspiration), son personnage féminin esseulé, mère célibataire, et son vieux à la Walter Brennan qui est déjà bien malade. Les festivaliers conventionnels passeront sans doute à côté de l’excentricité d’Alain Guiraudie. Il n’est pas impossible que George Miller trouve en lui un écho de son univers dédié à la nature et fortement sexué.

11h : Monkey Monster de Jodie Foster

Voir la critique du film Monkey Monster.

Nonobstant toute l’affection qu’on a pour Jodie Foster, elle aurait mieux fait de s’abstenir de réaliser ce film.

16h30 : Moi, Daniel Blake de Ken Loach

Ken Loach paraissait avoir dit au revoir au cinéma en 2014 avec l’oubliable et oublié Jimmy’s Hall. Ce n’était en effet qu’un au revoir car il revient avec Moi, Daniel Blake, un film a priori moins ambitieux, racontant les affres d’un sexagénaire, privé de ses indemnités d’invalidité par un médecin inique, et devant prouver toutes ses recherches d’emploi pour ne pas finir à la rue. En dépit de quelques beaux moments dramatiques (la visite à la banque alimentaire, la découverte du « métier » alimentaire du personnage féminin du film), Moi, Daniel Blake apparaît tellement manichéen que les péripéties se devinent à mille lieues : les policiers et les administratifs sont forcément des salauds ; Daniel Blake finira comme il était prévu qu’il finisse dès le premier plan du film ; les nécessiteux et déshérités sont évidemment irréprochables, dans leur quête de dignité, faisant preuve d’un cœur gros comme l’humanité tout entière. On ne peut s’empêcher de penser que le film, comme son personnage principal, baigne dans la naphtaline. Ce manichéisme était masqué jadis par la vitalité et l’enthousiasme de la mise en scène. Il est regrettable de constater que celui qui fut un aussi brillant et sensible metteur en scène (Kes, Family Life, Regards et sourires) ne ressemble plus qu’à la caricature de celui qu’il a été.

20h : Victoria de Justine Triet

Une fois n’est pas coutume, rendez-vous devant l’ouverture de la Semaine de la Critique. Victoria, Le nouveau film de Justine Triet (La Bataille de Solférino) est plutôt une jolie surprise comique, un beau portrait de célibattante, qui consacre Virginie Efira comme nouvelle égérie du cinéma d’auteur français. Ce film, présentant aussi bien que la plastique de sa comédienne principale, entrelace habilement les différentes péripéties de la vie d’une avocate : une affaire de harcèlement impliquant un ami, une autre relative à un blog mélangeant réalité et fiction au détriment de Victoria, enfin une romance avec un jeune homme faisant office de baby-sitter. En net progrès narratif par rapport à La Bataille de Solférino, Victoria demeure une comédie légère et sans prétention, dans la lignée de celles que les sélections parallèles aiment parfois mettre en valeur, en opposition à la morosité et à l’esprit de sérieux de la Sélection Officielle. Quelques séquences loufoques, d’une joyeuse cocasserie, font beaucoup rire, comme par exemple, le témoignage à un procès d’un chien et d’un chimpanzé ou une plaidoirie sous l’effet atténué de somnifères effectuée sur le fil du rasoir par Victoria. On a si peu l’occasion de rire à Cannes que cette comédie, qui n’est sans doute pas inoubliable, apparaît comme un véritable rayon de soleil dans le paysage cannois.