Jour 1 C’est la crise. Canal Plus ne vient plus ou presque (plus de Grand Journal, plus de Cercle se pavanant lors du Festival, plus de tee-shirts dans les magazines vendus à Cannes, hormis les Cahiers du Cinéma qui perpétuent cette joyeuse tradition). Même pas de soleil et bien au contraire la pluie vient pointer le bout de son nez à l’horizon. Néanmoins le cinéma est là et bien là et nous aussi et Cannes, cela se résume à cela, l’essentiel, une histoire d’amour infini, éperdu, absolu entre le cinéma et nous.

10h : voir ma critique de Cafe Society de Woody Allen. Reçu très moyennement, le nouveau Woody ne bouleversera pas les annales du cinéma.

19h : Sieranevada de Cristi Puiu Au risque de choquer, ce film roumain est bien plus intéressant que le dernier Woody Allen : sur près de trois heures, en quasi-huis clos (un appartement roumain étroit de Bucarest), nous allons assister aux traumatismes intimes et politiques d’une famille roumaine pendant près de trois heures (2h53, très exactement). En adoptant le regard flottant du mort dont on effectue la commémoration, Sieranevada touche assez juste dans son autopsie d’une société en décomposition depuis le 11 septembre. Certes, on est loin de La Mort de Dante Lazarescu, le chef-d’œuvre de Cristi Puiu, dont certains gardent un souvenir ému. La faute en revient peut-être au mode de tournage du film : La Mort de Dante Lazarescu était un film sans cesse en mouvement ; le nouveau Cristi Puiu est assez statique quant à ses personnages qui ne quittent quasiment pas l’appartement mais le regard, celui du mort, ne cesse de bouger. Néanmoins Sieranevada intrigue, interroge, fait réfléchir : une des nobles missions du cinéma dont Cannes se fait régulièrement l’écho. C’est déjà ça, comme dirait Souchon.