Mardi 19 avril 18h15 : American crime

Les jours se suivent et ne se ressemblent pas. Pour le festivalier, autant on avait atteint hier un sommet avec Capital, autant le retour du bâton fait son apparition aujourd’hui. On commence par American Crime, la série anthologique de John Ridley. L’argument est banal : la mère de Taylor, un jeune étudiant, accuse des membres de l’équipe de basket-ball de son lycée d’avoir sexuellement agressé son fils. Des photos et des vidéos circulent dans l’établissement pendant que la proviseure tente d’étouffer l’affaire.

Il s’agit ici d’explorer les causes et les conséquences d’une affaire de « bullying » (harcèlement sur Internet) et de viol lycéen, dans le même esprit que The Wire, en espérant que l’anecdote va révéler de manière hyperbolique le fonctionnement de l’Amérique contemporaine. Malheureusement, la série se limite à son argument accrocheur et se contente d’aligner les numéros d’acteur. On est ainsi très contents de revoir Felicity Huffman en proviseure (qu’on n’avait pas revue depuis Desperate Housewives) ou Lili Taylor (peu vue depuis Six Feet Under) mais le rythme assez mou de la mise en scène (Clement Virgo pourtant réalisateur de Lie with me) finit par porter atteinte à notre meilleure volonté.

Mardi 19 avril 20h30 : Jour polaire

C’était l’effervescence des grands soirs pour la nouvelle création originale de Canal Plus, Jour Polaire. La séance était bondée, en raison d’un nombre excessif d’invités et de places réservées, ce qui fait que le public devait s’asseoir même sur les marches de la salle. Ce n’était même pas arrivé pour la masterclass de David Chase ! Autant dire que la popularité de Leïla Bekhti bat actuellement son plein. On s’apprêtait donc à voir cette série avec confiance.

Il a fallu vite déchanter. Conçue par le tandem suédois Marlind et Stein, à l’origine de Bron, la version suédoise de Tunnel, la série rappelle d’ailleurs beaucoup cette série, en suivant le même principe : une policière française plongée dans un univers étranger. On retrouve de la même façon une mise en scène racoleuse, affectée et abusant de ralentis. Tunnel parvenait à se laisser voir grâce à Clémence Poésy, formidable dans son contre-emploi d’autiste, en dépit d’effets chocs peu subtils de mise en scène et de procédés scénaristiques copiés sur Seven de David Fincher. Jour polaire réussit nettement moins ce cocktail délicat.

La faute en revient à une écriture approximative et au manque de crédibilité de Leïla Bekhti en flic déphasée. Suite à un accord de production, la série repose dans son premier épisode sur le tandem Leïla Bekhti-Peter Stormare, c’est-à-dire sur la rencontre incongrue entre l’actrice de Tout ce qui brille et Un Prophète et le comédien de Fargo et Dancer in the Dark. Malheureusement l’alchimie entre les deux opposés, le feu et la glace, ne fonctionne pas. De plus, les scénaristes ont l’idée catastrophique (ATTENTION SPOILER) de se débarrasser du seul personnage intéressant du tandem, Peter Stormare à la fin du premier épisode. Coup de force scénaristique qu’ils doivent trouver génial à la manière de Psychose d’Hitchcock, mais qui, dans les faits, n’est qu’affligeant. Reste alors seulement Leïla Bekhti, actrice incroyablement surévaluée, avec son anglais niveau 3ème et son atterrant manque de charisme, aux prises avec des flash-back hors sujet et des répliques qui ne le sont pas moins « C’est comme ça parce que je le sais », par exemple. Le summum est atteint quand on lui adjoint comme remplaçant de Stormare, une sorte de Poelvoorde nordique, maladroit et à côté de la plaque, qui définit leur tandem comme l’alliance de James Bond et de Quasimodo. Si seulement c’était vrai, Jour polaire aurait peut-être l'ombre d'un intérêt.

Contrairement à Tunnel, l’interprétation peu transcendante ne peut donc cacher ici les failles du scénario et les travers de la mise en scène, même si les créateurs de la série essaient de mettre en place un chamanisme de mauvais aloi autour des villages Samis de Laponie. Bref, rien à sauver de cette nouvelle création originale de Canal Plus, issue d’une coproduction franco-suédoise, sans doute la plus mauvaise série vue jusqu’à présent à Séries Mania. On avait évité jusque-là les productions françaises, on regrette tout de suite d’avoir délaissé pour un soir les productions américano-britanniques.