Séries Mania, c’est parti ! Le Festival prend ses quartiers du côté des Halles et confirme définitivement sa place comme rendez-vous incontournable du printemps et de l’amateur de séries télé, un peu comme un Cannes des séries. Ceux qui l’auront connu petit et uniquement cantonné au Forum des Images, le découvriront bien épanoui cette année sur deux autres salles, l’ouverture au Grand Rex et les projections en replay à l’UGC Ciné-Cité les Halles (ce qui empêchera les choix cornéliens de l’année dernière, dois-je voir Game of Thrones ou The Affair ?). Une autre nouveauté notable réside en l’adjonction d’un jury pour évaluer une compétition internationale de 8 séries. Ce jury sera présidé par David Chase, le créateur unanimement respecté des Soprano, la série qui a lancé le nouvel Age d’Or des séries au début des années 2000, avec quelques autres sur HBO (Six Feet Under, Sur écoute).

Jour 1 Vendredi 15 avril, 20h : Vinyl

C’était l’effervescence des grands soirs, la première fois que Séries Mania quittait le Forum des Images. En effet, le Grand Rex, salle prestigieuse entre toutes, classée monument historique, a été choisie pour accueillir cette ouverture de gala, où on a pu apercevoir entre autres une certaine Julie Gayet. Cela a commencé avec une bonne vingtaine de minutes de retard (Séries Mania peut encore progresser sur ce point !) par un sketch comique, assez hilarant, de l’humoriste de France Inter, Nora Hamzawi, rappelant ses bons et mauvais souvenirs de Maguy ou Buffy contre les vampires. Les membres du jury étaient tous présents : Amira Casar, Yael Abecassis, Fanny Herrero, Tony Grisoni et l’immense David Chase. Ce dernier a d’ailleurs rendu sur scène un vibrant hommage à Truffaut et Godard. Enfin Laurence Herzsberg, la directrice du Forum des Images, a présenté sur scène Bobby Cannavale, le héros de la soirée, protagoniste principal de la série Vinyl, dont le pilote exceptionnel de presque deux heures a été réalisé par Martin Scorsese. Que penser de ce pilote ? Parfois très brillant, il manque de construction scénaristique. L’effet Scorsese joue surtout comme un effet de signature (la bande-son rock-soul des Affranchis ou de Casino, le côté zombie du Loup de Wall Street ou de A tombeau ouvert), comme les griffes de grands couturiers. Les séquences drôles (les réunions de producteurs de disque) ou de bravoure (un règlement de comptes à l’égard d’un chanteur noir, un effondrement d’immeuble) ne manquent pas mais il reste un désagréable arrière-goût d’inachèvement. Scorsese, en dépit de toute sa bonne volonté, n’arrive pas à faire croire qu’il s’intéresse réellement à la série, c’est-à-dire à la progression de l’évolution psychologique de personnages. Il se contente, et c’est déjà beaucoup, de mettre en scène avec brio un épisode d’accroche, comme le pilote de Boardwalk Empire, mais sans lui donner suffisamment de profondeur. A cela s’ajoute le léger manque de charisme de Bobby Cannavale (vu comme mari de Sally Hawkins dans Blue Jasmine de Woody Allen) qui épate surtout lorsqu’il joue le défoncé. Il est doublé sans difficulté par Olivia Wilde, son épouse, et surtout Juno Temple, son assistante qui, par son enthousiasme et sa vitalité, donne une réelle idée de ce qu’aurait pu être la série. Pas déshonorante, un peu décevante, quant à l’attachement qu’engendre les personnages, Vinyl ne restera pas parmi les grandes séries d’aujourd’hui.

Jour 2 Samedi 16 avril 14h45 : Casual

On retrouve enfin des personnages attachants, humains et assez profonds dans cette série de Zander Lehmann, réalisé par Jason Reitman (Juno, In the air). On y suit les tergiversations d’un trio d’âmes esseulées : Valérie, une psy presque quadragénaire récemment séparée de son mari, Alex, son frère créateur d’un site de rencontres sur Internet et Laura, la fille adolescente de 16 ans de la psy, motivée par une vocation de photographe. Par petites touches hilarantes et discrètes, la série s’impose sur un format original de 26 minutes qui l’apparenterait à une sitcom alors que ce n’en est pas du tout une. Cela ressemble davantage à un mixte de Six Feet Under (l’ouverture du pilote traitant de l’enterrement fantasmé du père est ainsi une référence directe, ainsi que la présence de Frances Conroy et les photos de l’ado qui font irrésistiblement penser à celle de Claire Fisher) et d’En Analyse ou des Soprano (pour les séances de psy). Entre les blind date, l’adoption de chiens et les rêves fantasmatiques sur un prof, Casual finit par trouver un ton original pour évoquer les divers moyens de lutter contre la solitude.

Samedi 16 avril 18h : Rencontre avec David Chase

C’était le grand moment de la journée et il fallait bien se pointer au moins 30 minutes à l’avance pour être bien placé dans la salle. Le créateur des Soprano, David Chase, petit bonhomme affable de 70 ans, a ainsi revisité sa carrière sous le feu roulant des questions d’Olivier Joyard des Inrockuptibles. Aussi paradoxal soit-il, Chase n’a jamais voulu faire de télévision mais a toujours rêvé de cinéma. Il s’est ainsi montré un fin connaisseur de Truffaut, Godard, Fellini, Bergman ou de Polanski (Cul-de Sac est le film-choc qui lui a révélé la possibilité d’une expression personnelle au cinéma, face aux produits manufacturés des studios). Il a ainsi parlé de sa mère à la personnalité difficile et perturbée qui a largement inspiré le personnage de la mère de Tony Soprano, de sa volonté d’introduire le silence et les temps morts à la télévision, des absences inexpliquées et du talent immense de James Gandolfini. On pouvait comprendre à travers ses explications à quel point les Soprano était une métaphore de l’existence en général, et de la sienne en particulier. Il a également évoqué Terrence Winter (Boardwalk empire, Vinyl) et Matthew Weiner (Mad Men), brillants showrunners, qui faisaient partie à l'origine de l'équipe de scénaristes des Soprano.

La fin des Soprano prenait ainsi une tonalité bouddhiste avec cette cloche qui ne cessait de sonner à l’ouverture de la porte du restaurant, ne cessant de rappeler à Tony Soprano : le passé n’existe plus, l’avenir est encore à venir, seul existe et compte le moment présent.

Samedi 18 avril 20h30 : The Five de Harlan Coben

Signe que les séries attirent même les romanciers, Harlan Coben, le romancier aux 60 millions d’exemplaires, s’y met lui aussi, en présentant sa première série créée spécialement pour la télévision et non dérivée d'adaptation de ses romans. The Five est une enquête classique avec disparition d’enfant (effet Mystic River ) : un petit garçon Jesse disparaît vingt ans avant le début de l’action, sa mère croyant toujours en la possibilité de son retour. Or on retrouve un jour son ADN sur le lieu d’un crime. A-t-il réellement survécu ? Est-il le kidnappeur-meurtrier ? On ne peut nier que Harlan Coben a le sens de l’accroche et du suspense. The Five ressemble à la plupart de ses romans avec énigme de la disparition et réapparitions en chaîne (souvenez-vous de Ne le dis à personne). Pourtant en dépit de cela, les personnages ne sont guère attachants, desservis en outre par une interprétation passe-partout et un style visuel assez horripilant, tout en flashes, ralentis et montage saccadé, qui ne laisse guère au spectateur l’espace pour s’installer dans cette histoire. Coben était là pour présenter sa nouvelle création et son air satisfait ne laissait pas de doute sur son intention d’ajouter une nouvelle source de revenus à son capital déjà pléthorique. Présenté en compétition, The Five ne devrait pas être distingué, sauf surprise, par le Jury de David Chase.