Sorti le 4 février sur nos écrans, Félix et Meira raconte une histoire d'amour, celle de Félix et Meira. Lui est un homme sans attaches qui vient de perdre son père tandis qu'elle est une femme mariée et mère de famille, membre d'une communauté juive hassidique. Félix et Meira est un film subtil qui joue sur les clichés et parvient à s'en défaire, le tout avec une certaine grâce. Rétro-HD a pu rencontrer, avec certains confrères, Maxime Giroux, réalisateur et co-scénariste du film. Retour sur cette table ronde enrichissante, rencontre avec un homme sympathique et peu avare de mots.

 

Comment vous est venue l'envie de faire du cinéma ?

Quand j'étais jeune, je n'étais pas vraiment cinéphile. Mais à force de regarder MTV, j'ai voulu devenir cameraman. J'ai commencé à faire pas mal de clips mais au bout d'un moment, j'étais lassé et je me suis tourné vers le cinéma.

Comment vous est venue l'idée du film ?

C'est souvent la première question que l'on me pose. Il faut savoir qu'à Montréal, il y a 12 communautés juives. La communauté hassidique est la plus fermée de toutes. Ce sont des gens que l'on croise tous les jours, enfin croiser, le mot est fort puisque les femmes changent de trottoir lorsqu'elles voient un homme et les hommes de cette communauté changent également de trottoir quand ils voient des femmes qui ne sont pas de leur religion. On les voit mais on ne les connaît pas. Je ne comprenais pas leur culture. Avec mon co-scénariste Alexandre Laferrière, on était dans un café à chercher une idée de film et puis on discutait de la beauté des femmes juives. Tout est donc parti de là, de cette envie de découvrir cette communauté que j'ai fréquenté durant trois ans pour faire le film.

Les acteurs du film font-ils partie de cette communauté ?

Non car ils sont difficiles à trouver. Luzer Twersky, qui joue Shulem, le mari de Meira est sorti de la communauté quand il avait 20 ans. Je l'ai rencontré à New York et on a fait une audition avec Martin Dubreuil (l'acteur qui joue Félix), il était génial. Meira a été difficile à trouver. Vu que Martin et Luzer sont des hommes plutôt minces et pas trop grands, je ne voulais pas une actrice trop grande ou trop corpulente. Hadas Yaron voulait le rôle mais au début, je ne voulais pas d'elle, elle ne parlait pas yiddish et j'étais entêté dans mon refus. Les producteurs lui ont fait passer un essai dans mon dos et ils me l'ont envoyé, au bout de quinze secondes, j'ai changé d'avis. Elle était faite pour le rôle. Elle est formidable, elle a appris le français et le yiddish rien que pour le film.

Pourquoi avoir lié la communauté juive au deuil du père ?

La figure du père est très importante dans la religion juive. Je voulais faire un contraste entre la vie que mène Félix et celle que mène Meira. Au Québec, dans la société actuelle, les jeunes ont toutes les libertés qu'ils veulent, ils n'ont pas de cadre. Je voulais opposer ça au judaïse et au cadre qu'impose la communauté hassidique. Là, ils ont un grand sens de la famille et de la spiritualité, ce qui manque aux jeunes de nos jours.

Pourquoi avoir centré le film sur une femme ?

Je trouve ça beaucoup plus intéressant surtout dans le contexte. En tant que femme juive et hassidique, c'est comme si Meira n'avait pas le droit d'avoir un corps et des sensations. C'est ça ce qu'elle recherche avec Félix, elle veut rester dans l'adolescence, dans la recherche des sensations et de l'excitation. De manière générale, dans toutes les cultures, la femme a plus de difficultés à s'émanciper. Je ne connais pas bien la femme alors je fais un film dessus pour mieux la comprendre, il me semble qu'elle est beaucoup plus difficile à cerner qu'un homme. C'est pour ça que je fais du cinéma, pour comprendre les choses.

Votre film raconte une histoire d'amour entre deux êtres que tout oppose, comment éviter les clichés ?

Je n'ai pas voulu les éviter, je me suis plutôt amusé à les renverser. Par exemple, il n'y a pas de scène de sexe à proprement parler, pas comme en voit souvent. La scène de sexe dans Félix et Meira, c'est le moment où Félix enlève la perruque de Meira et lui touche ses cheveux. C'est un moment très sensuel, il est très probable que même son mari n'ait jamais fait ça.

Justement, à propos d'éviter les clichés, la fin du film est plutôt triste. Meira part avec Félix et son enfant mais rien n'indique qu'ils vont être heureux.

C'est parce qu'à la fin, ils retombent dans la réalité. Ce sont deux personnages qui se sont croisés au bon moment. Félix a approché Meira pour de mauvaises raisons, comme un égoïste et elle en a vu la possibilité de quitter cette communauté qui ne la rend pas heureuse. Mais à ce moment-là du film, elle a vraiment sauté le pas. Félix comprend qu'il se retrouve avec un enfant à charge et Meira sait qu'elle va devoir se battre toute sa vie pour offrir à sa fille une chance au bonheur. Elle aurait pu être heureuse avec son mari mais elle a vu ce qu'il y avait à l'extérieur et ça l'attire. Elle a rencontré Félix au bon moment et il lui a permis d'aller de l'avant. Ça aurait pu être lui comme quelqu'un d'autre plus tard. Je pense que nous n'avons pas qu'un seul amour qui nous attend dans la vie. Par exemple, je pense qu'il y a une multitude de femmes qui pourraient être l'amour de ma vie, c'est juste une question de timing et de rencontres

Finalement, c'est le mari de Meira le plus sincère dans son amour.

Mais oui, Shulem est tellement amoureux de Meira qu'il la laisse partir alors qu'il sait qu'il ne reverra jamais sa fille. Lui aussi pourrait quitter la communauté mais je pense qu'il a trop besoin de son cadre. Vous savez, c'est très difficile de quitter la communauté, ceux qui le font se retrouvent démunis. Ils ne sont pas préparés à la vie en société, certains se suicident, certaines femmes se prostituent.

Quel regard avez-vous actuellement sur le cinéma ?

Je trouve que le cinéma se referme sur lui-même et c'est bien dommage. En plus de gros films américains, même le cinéma d'auteur ne semble plus vraiment sincère, il a toujours cette volonté de plaire. Dernièrement au cinéma, j'ai apprécié Under the Skin, c'est bien que des films comme ça existent.

 

En attendant de découvrir Félix et Meira sur nos écrans, vous pouvez retrouver la critique du film en cliquant ici.