La seconde édition du Film Noir Festival s'étant terminée hier matin au Vincennes, Rétro-HD a profité du confort d'une salle du cinéma pour poser ses questions à Géraldine Pioud et Amandine Marécalle, créatrices et organisatrices de l'événement qui nous ont expliqué un peu les coulisses du Festival.

Comment vous est venu l'idée de créer un festival du film noir ?

Amandine Marcécalle : Parce qu'il n'en existait pas en France, tout simplement. Il y a les festivals de films policiers mais pas de films noirs.

Géraldine Pioud : Et c'est un courant qu'on apprécie énormément. Forcément, sinon ce serait compliqué de travailler aussi longtemps sur ça. Sur le long terme, ça nous permet d'explorer plein de films différents. C'est un courant cinématographique et non pas un genre. Il y a le film noir parodique, le néo-noir... Le film noir est codifié certes mais en tant que courant. Qui veut la peau de Roger Rabbit ? est considéré comme un film noir par exemple. Certains Tex Avery que l'on a vu ce matin aussi.

Pourquoi le Film Noir Festival ?

Géraldine Pioud: Amandine rentrait des Etats Unis. À San Francisco, il y avait la reprise du Film Noir Festival d'où il est originaire. On s'est renseigné et on s'est vite aperçu que personne n'avait eu l'idée de l'importer, et qu'aucun équivalent n'exister en France. Donc nous avons saisie notre chance.

Quel est la définition du film noir selon vous ?

Géraldine Pioud: Le film noir n'est pas un genre, mais un courant cinématographique. Une forme proteïforme du cinema partant des années 40 jusqu'à notre cinéma moderne actuel. Les spectateurs sont assez friand du noir, sans forcément le savoir. À l'intérieur de ce courant cinématographique, il y a plusieurs déclinaisons, c'est la raison pour laquelle nous avons proposé une sélection avec des titres tels que Qui veut la peau de Roger Rabbit ? ou l'avant première de The Canyons de Paul Schrader. Ce sont, à chaque fois, différentes versions du noir. Les films sont caractérisés généralement par des personnages venant des bas-fonds d'une ville, des détectives, des femmes fatales mais jamais de policiers. S'il y a des policiers, ils sont forcément corrompues, des ripoux dans les règles de l'art. Puis il y a cette atmosphère particulière : le clair-obscure ; La brume et les grands espaces urbains sous la pluie. Le noir est un courant né dans les années 40 par des cinéastes allemands qui sortaient de la période expressionnistes, faisant le lien avec la littérature noir qui connaissait un grand succès à ce moment là. Cela a perduré au fil du temps, le courant s'est adapté aux différentes époques, contrairement aux westerns ou aux comédies musicales qui sont des genres prédéfinies. Dans le noir, il y a des choses très différentes et différentes manières de l'aborder, c'est ce qui le rend si intéressant. J’espère vous avoir éclaircie sur le noir ? (RIRE)

Et comment créer un festival ? Comment ça s'organise ?

G.P : Ça prend du temps. Nous, on a commencé à en parler un an et demi avant la première édition de l'année dernière. Il fallait contacter des gens, trouver un endroit. C'est difficile à expliquer mais effectivement c'est très long. Par exemple, on ne fonctionne pas vraiment par ordre des choses mais par deadlines. Le 28 mai, on lançait l'appel à courts-métrages qui se finissait en septembre. On sait que dans cette période là, on devait visionner tous les courts-métrages. On fonctionne plutôt par dates butoirs. Comparé à l'année dernière, cette année on avait un peu d'avance.

A.M : Par exemple, la rétrospective des films a été bouclée très rapidement. En général, c'est ce que l'on fait en premier. Cette année, avec le décès de Lauren Bacall, notre rétrospective a du subir un petit changement. On a voulu avoir Le Port de l'angoisse ou un autre film noir avec elle pour lui rendre hommage et le film que l'on avait choisi à la place sera projeté l'année prochaine.

Comment trouvez-vous les courts-métrages qui font partie de la compétition ?

A.M : On fait un appel à candidature via des plates-formes du court-métrage.

G.P : En fait, il y a plusieurs plates-formes de courts-métrages sur internet qui sont mondiales. Tous les réalisateurs de courts sont au courant que de nombreux festivals dans le monde font des compétitions de courts-métrages et ils inscrivent leurs films. Soit on nous envoie les films en dvd, soit ils sont mis en ligne sur ces plates-formes pour qu'on puisse les visionner. C'est comme ça qu'on récupère des films. On avait également lancé un appel sur le site du festival.

A.M : Ce qui nous a permis de quintupler le nombre de films inscrits cette année par rapport à l'année dernière. On en avait 200 l'année dernière pour 18 sélectionnés, cette année on en a eu 1000 d'inscrits et 200 pré-sélectionnés.

Comment se passe la sélection de tous ces courts-métrages ?

A.M : On voit tous les films avec Géraldine et on fait une pré-sélection que l'on soumet à un comité de sélection qui détermine ensuite les films qui seront présentés.

G.P : Ce comité a moins de quinze jours pour choisir les films. Voir 1000 films en quinze jours, ce n'est pas possible alors nous effectuons donc ce travail de pré-sélection.

Il y a très peu de courts-métrages français comparé à l'année dernière, vous avez une explication ?

G.P : Sur les 1000, on avait vraiment peu de français. Mais nous avons eu énormément de films américains.

A.M : Ce qui n'est pas étonnant car le film noir est vraiment ancré dans la culture américaine. Les réalisateurs américains qui étaient venus l'année dernière nous expliquaient d'ailleurs qu'ils trouvaient ça très bien qu'il y ait un festival du film noir en France où l'on puisse avoir ses courts-métrages en compétition.

G.P : Le Festival de San Francisco qui est partenaire avec nous fait des rétrospectives mais pas de compétition de courts-métrages.

A.M : Ils restaurent beaucoup les films en 35mm à ce festival. C'est aussi pour ça que nous sommes en partenariat avec eux, nous avons cette volonté de passer des films en 35 ce qui est de plus en plus rare.

G.P : D'ailleurs, certains des films que nous avons diffusé (dont American Psycho) n'existent pas en copie numérique.

Comment vous réussissez à avoir les films des rétrospectives ?

G.P : Grâce aux Acacias, la société de distribution qui travaille avec nous et qui est dirigée par Simon Simsi. Nous on dépose une liste d'une vingtaine de souhaits et c'est ensuite les Acacias qui se renseigne auprès des distributeurs pour savoir si les copies sont disponibles et si elles sont en 35, dans quel état est le film. Et c'est le cinéma ici qui s'occupe de faire les commandes et de réserver les dates pour les films.

Comment se fait cette liste de souhaits ?

G.P : On choisit les films toutes les deux.

A.M : Cette année comme l'année dernière, on n'avait pas vraiment choisi de thématique pour la rétrospective. On voulait montrer un panorama de ce qu'est le film noir.

G.P : On s'est dits qu'on voulait être généralistes sur les premières éditions afin de montrer le panel du genre au public mais sur le long terme, le but est de faire des rétrospectives plus précises, sur des réalisateurs ou une période. Cette année, il y avait un peu plus de films contemporains que l'année dernière mais généralement on essaye d'équilibrer nos choix sur la liste de souhaits.

Cette année, nous avons eu Cold in July en avant-première. Comment se fait le choix du film ?

A.M : Pour l'avant-première, c'est différent. Il faut trouver le film, parcourir les festivals et voir avec les dates de sorties françaises pour que ce soit vraiment une avant-première.

G.P : Il faut surveiller les dates de sorties des films, on ne peut pas prendre n'importe quoi en avant-première. Il faut que ce soit cohérent avec le genre, que le film sorte en France pour qu'il ait une traduction... C'est toujours un peu délicat, il y a beaucoup de facteurs qui entrent en jeu.

Et le jury jeune, comment vous le constituez ?

G.P : Le lycée Hector Berlioz qui n'est pas loin du Vincennes a une classe de terminale avec option cinéma. Nous avons tout simplement contacté le lycée et leur prof de cinéma pour savoir si ils étaient d'accord que le jury jeune se constitue chez eux et ils étaient ravis. Le jury s'est constitué très simplement, leur prof a pris les cinq meilleures notes de leur premier devoir sur table. C'était une sorte de récompense.

C'est votre deuxième édition. Quelle est votre impression par rapport à la première édition ?

A.M : Ce n'est pas la même chose car nous avons changé de lieu.

G.P : L'année dernière, nous étions à Gisors mais entre temps, le cinéma a fermé. Nous avons donc trouvé une solution de repli et au Vincennes, nous avons la chance que quelques salles soient équipées d'un projecteur 35.

A.M : C'est un peu comme si on recommençait à zéro à cause du changement de lieu. C'est donc notre deuxième première édition.

G.P : On ne repart pas vraiment à zéro mais il faut se refaire des contacts au sein de la ville. Normalement, l'année prochaine se fera encore au Vincennes.

 

Si tout se passe bien, la rédaction de Rétro-HD se trouvera donc au Vincennes dans un an pour couvrir la troisième édition du Film Noir Festival que l'on espère toujours autant réussi. En tout cas, nous pouvons compter sur Géraldine et Amandine pour nous gâter avec de nouvelles pépites.