Après une cérémonie d’ouverture toute en modestie, simplement juste dans le ton et un Takeshi Miike hystérique en apéritif, on entre dans le vif du sujet en ce mercredi 19 novembre avec le premier film en compétition, Time Lapse de Bradley King. Premier long-métrage, Time Lapse suit trois amis qui découvrent une photographique capable de prendre des clichés du lendemain. Dans le confinement de cette résidence dont Finn, le héros concierge, s’occupe des petits tracas quotidiens comme déboucher les toilettes de Mme Anderson, le réalisateur nous propose un voyage dans le temps par le simple accessoire de multiples photos qui viendront guider la trajectoire tangente de nos trois personnages principaux. Astucieux, le réalisateur arrive à retenir toute notre attention en dépit du fait de ne jamais sortir de l’appartement où ils vivent. Dès la prise de connaissance de cette machine folle, leur quotidien va tomber dans l’attente constante de ce qu’ils doivent faire et la facilité dont découle du procédé. Ainsi, Finn, peintre en quête d’inspiration, va voir ses toiles et ne simplement les reproduire. Jasper, son colloc, accro aux jeux et paris se donnera les résultats des courses de chien faisant tomber son groupe d’ami et le film collatéralement dans le thriller. Car dans Time Lapse, le spectateur reste perpétuellement les pieds sur terre. Loin des embarcations vers le passé ou le futur comme avec Doc, dans Time Lapse, tout sera question des réactions en chaîne des actions des personnages. Entre fantastique et thriller intimiste, Bradley King tient le juste équilibre donnant toute la simplicité nécessaire à son processus narratif, fait à partir d’un micro-budget et en unique décors. Bonne pioche le PIFFF.

Juste le temps de s’aérer les yeux et d’écrire ses premiers mots, on enchaine avec notre première séance classique concoctée par les organisateurs. Alors pour le goûter en accompagnement de notre sandwich beurre-barre de chocolat : Les Griffes de la Nuit de Wes Craven. 1-2... Freddy te coupera en deux  ; 3-4... remonte chez toi quatre à quatre  ; 5-6... n’oublie pas ton crucifix  ; 7-8... surtout ne dort plus la nuit  ; 9-10... il est caché sous ton lit. Dans une nouvelle version du long-métrage culte de Wes Craven, remastérisée, resplendissant de son plus beau grain, nous repartons dans les cauchemars des adolescents prout-prout dont seul l’auteur de La Dernière Maison sur la Gauche a le trait. Film culte des années 80, tout le monde ou presque a vu les griffes du plus célèbre des tueurs d'enfants. Mais cette nouvelle projection apporte un nouvel écrin à la vision du film. Nous ne lui soupçonnions point un tel étalage de comédie, acheminée par le personnage de la mère de Nancy ou par le final burlesque où l’héroïne se la joue Macaulay Culkin avant l’heure. Au final, cette saga était née pour s’étirer vers le fantas-comique, Robert Englund restant pour le moment dans l’ombre cauchemardesque de Freddy Krueger, le plus sympathique des tueurs d'enfants.

La nuit est tombée sur Paris, le froid redouble de force et nous tombe de lourde manière a la sortie. 1h20 d’attente à manger du Hamburger chez McDo (ça fait beaucoup ! Mais il faut bien se réchauffer !), nous repartons à l’assaut du Gaumont Opéra Capucines. Alex est parti découvrir Paddington avec une horde de gamins hurlants, pendant que votre humble serviteur va faire du shopping festivalier (ah les fameux T-Shirt des festivals !) avant de rejoindre la salle sa place attitrée pour toute l’édition et découvrir HouseBound de Gérard Johnstone.

Gérard Johnstone est un Néo-Zélandais qui se débrouille comme il peut pour faire du cinoche dans son pays natal. Auteur et réalisateur à succès en Nouvelle-Zélande grâce à la série TV The Jackie Brown Show, HouseBound est son tout premier film. Pour une première, c’est une véritable réussite. Mon cher collègue Tonyo a bien moins été réceptif à cette bande décomplexée de tous les codes du genre. Jouant avec un malin plaisir à les détourner comme Adam Wingard et son You're Next découvert aussi il y a deux ans à Gerardmer, HouseBound suit le périple d’une jeune ado en perdition qui en est résolue à braquer des automates avec son crétin de petit ami. Arrêtée, elle est assignée au domicile de sa mère où des événements étranges se déroulent depuis quelques années. À paraître bientôt chez Luminor directement en vidéo, et pour les racailles du cinéma (on les appellera les impatients!) déjà dispo sur le net dans une très bonne copie. Après vous faites avec votre conscience, petits saligauds.

Après avoir perdu pas mal de temps entre la séance culte et HouseBound, pas une minute de répit entre celui-ci et le premier film hors compétition présenté cette année, Night Call de Dan Gilroy. Narrant l’histoire d’un voleur à la petite semaine trouvant sa voie dans la vente d’images-chocs aux télévisions locales. Son ambition va vite virer à l’obsession... Night Call doit formellement tout à son acteur principal, ahurissant de folie dans ce rôle de vampire de la nuit, qui dans sa cape rouge motorisée sillonne la ville, Los Angeles, la nuit à la quête de sang, enfin d’images-chocs sanguinaires à vendre aux plus offrants, et notamment à cette directrice des programmes interprétée par la cougar Renée Russo dans le rôle d’une entraîneuse tout aussi malsaine. Ils finiront par nouer une relation, une complicité d’excitation morbide crevant l’écran et nous projetant une image cradingue de la réalité et ce que les médias et la télévision ont transformé l’homme en un parasite du buzz et de l’argent. Jake Gyllenhaal est époustouflant. De cet air cadavérique en furie, en transe permanente de cette recherche du scoop et l’image-choc, son ambition prendra le chemin de la mégalomanie ahurie, cette confiance en soi le transformant en un monstre prêt à réaliser des histoires dans le seul but à avoir l’exclusivité. Un long-métrage à découvrir dès sa sortie le 26 novembre prochain.

Cette première journée a été forte en très bon film. Cette 4e édition du PIFFF commence sous les meilleurs auspices, et l’on a qu’une seule hâte, y retourner demain. Au programme à 14h, Bag Boy Lover Boy ou l’histoire d’un vendeur de hot-dogs au physique atypique qui est démarché par un photographe de charme pour une séance qui va virer à l’initiation traumatique. Une intéressante mise en bouche de la journée  ! Ensuite Wake in Fright de Ted Kotcheff (Rambo) en version remastérisée, véritable découverte pour nous qui n’avions jamais eu le plaisir de mettre la main sur une des vieilles VHS encore vivantes du film, seul média disponible pour le découvrir. Jamais aucun DVD n’a été édité pour ce film occulte et culte. À demain donc pour de nouvelles aventures cinématographiques au PIFFF 2014.