July Jung est née en 1980. Après avoir suivi des cours dans la section film, télévision et multimédia de l’université Sungkyunkwan, elle poursuit ses études à la K'Arts (Université nationale des arts de Corée).Cette cinéaste sud-coréenne est, également, scénariste et monteuse. Son premier long-métrage, A Girl At My Door a été présenté et, longuement applaudi dans le cadre de la sélection Un Certain Regard au Festival de Cannes 2014. Rencontre avec une étoile naissante.

 

A Girl At My Door est votre premier long métrage, comment avez-vous eu l'idée de faire ce film ?

Cette histoire m'est venue à l'esprit à travers un conte que j'avais entendu il y a très longtemps, 20 ans environ. En effet, ce conte parle d'un chat et de son propriétaire. Le chat adore le propriétaire, mais un jour, ce dernier adopte un nouveau chat. Quelques jours passent, puis le propriétaire sort de chez lui et au moment de mettre ses chaussures, il trouve un rat mort. Très surpris et mécontent, il roue de coups l'ancien chat, car il pensait que ce dernier ne lui pardonnait pas d'avoir amené un nouvel animal. Il pense par conséquent qu'il a voulu se venger. Le lendemain, l'être humain découvre de nouveau un rat mort, mais dépecé cette fois. Le propriétaire est complètement choqué. Il frappe, de nouveau, l'ancien chat. La vérité est en fait totalement différente. Ceci n'était pas de la vengeance, l'ancien chat était en adoration devant son maître et voulait simplement lui offrir ce qui était, pour lui, un bon repas. Et il croyait que s’il avait été roué de coups la première fois, c'était parce que son propriétaire n'arrivait pas à ouvrir la peau, que c'était sans doute trop compliqué. C'est donc pourquoi il décide de dépecer le rat la deuxième fois, pensant bien agir. Mais il ne provoque que le dégoût et la haine de son maître. Donc voilà, l'histoire s'arrête là, mais cela m'avait toujours trotté dans la tête, car je comprenais très bien les deux partis, mais l’incompréhension qui régnait entre les deux a finalement amené quelque chose de tragique. Je me demandais donc s’il y avait un moyen de les réconcilier et de les faire s'entendre et comment cela était-il possible ? C'est donc ça qui a représenté le début de mon histoire et de mon film. 

D'où vous vient l'envie de faire du cinéma et auriez-vous un premier souvenir de cette envie ?

Je suis sortie de l'université nationale des arts de Corée, c'est l'une des écoles les plus connues de ce pays. C'est évidemment à ce moment-là que j'ai pris la décision de devenir réalisatrice. Mais bien avant, c'est au lycée lorsque je me demandais quel métier je voulais exercer, je savais déjà que je voulais réaliser des films. À la fac, j'ai suivi le département de la communication des arts visuels, ce qui est bien sûr lié au cinéma. Mais je peux dire que c'est véritablement depuis que je suis toute petite que je souhaite être réalisatrice. Et c'est vraiment au moment où j'avais le plus de difficulté, où je commençais vraiment à cogiter sur mon parcours, sur ce que j'allais devenir que j'ai eu cet énorme facteur chance de réaliser mon premier long-métrage. Concernant ce film, le point de départ est donc le conte que je vous ai raconté. 

A Girl At My Door traite de choses assez tabou, est-ce un moyen pour vous de révéler un malaise social en Corée ?

Jusqu'à ce que le film se finisse, je ne savais pas qu'on me poserait autant de questions sur ces sujets-là. Effectivement, on m'a beaucoup dit que je traitais trop de problèmes dans un seul film et que cela pourrait s’éparpiller. À l'époque, pourtant, je voulais déjà faire ce film, ce n'était pas du tout intentionnel. Je parlais de ces thèmes-là, mais sans que cela soit revendicateur. Je voulais juste parler d'une petite fille qui s'appelle Dohee qui se trouve être vraiment isolée et d'une autre jeune fille qui est également un être solitaire. Il s’agissait juste de les suivre jusqu'au bout et de traiter leur solitude extrême. Et comme le scénario se passait dans un petit village, j'ai décidé d'aller dans ce village pour écrire le scénario. C'est après en voyant la vie réelle que j'ai finalement mis ces éléments-là dans l’écriture et tout cela a servi de contexte. 

Est-ce que justement cela a été un tournage facile ou, au contraire, avez-vous dû vous heurter à quelques complications ? 

C'était il y a un an, à peu près jour pour jour, que le tournage prenait fin. Comme le film se déroule sur une saison, nous étions vraiment limités par le temps, nous avions un petit budget et le tournage était très précaire avec des conditions difficiles. Toutes les scènes devaient toutefois,vraiment, se tourner sur les lieux mêmes. Cela a donc été un tournage, physiquement et psychologiquement, éprouvant. Pour les acteurs et pour l'équipe entière. On a vraiment donné le meilleur de nous même. Aujourd'hui, je regrette un peu que l'environnement n'ait pas été un peu plus confortable. 

Les deux actrices sont extraordinaires ! Quels ont été les critères de choix pour le casting ?

Jusqu'à la fin de l'écriture du scénario, c'était pour moi inimaginable d'avoir ses deux actrices. Doona Bae est une star en Corée, elle est très très connue et Kim Sae-Ron, l'actrice qui joue la petite fille a déjà beaucoup tourné, c'est vraiment une professionnelle, je ne pouvais pas du tout imaginer tourner avec elles. Une fois la décision prise pour que le film se fasse, j'ai commencé à réfléchir à qui, je verrai dans ces deux personnages. Cela ne me coûtait rien de rêver. Et bien pour moi c'était  Doona Bae et  Kim Sae-Ron. Concernant Doona Bae, à l'époque, elle était en train de tourner avec la famille Wachowski et j'ai tout simplement envoyé par E-mail et en 3 heures, j'ai eu son accord, c'était donc super. En ce qui concerne Kim Sae-Ron, j'ai attendu un mois et finalement elle a refusé, car elle ne voulait plus interpréter de rôle trop difficile. Je me suis alors tourné vers un casting où j'ai vu plus de 500 enfants, mais malgré cela, je n'ai pas vraiment eu de coup de cœur. J'ai donc recontacté Kim Sae-Ron pour savoir si elle ne voulait pas revenir sur son choix. Elle m'a finalement dit qu'elle était d'accord. En tout cas, la rencontre de ses deux actrices, leur décision de participer à ce film a vraiment été ma plus grande chance. C'était prévisible, mais leur émotion, leur communication et l'alchimie entre les deux se reflètent bien et passent parfaitement à l'écran, à mon avis. 

A Girl At My Door a été présenté au Festival de Cannes 2014 dans le cadre de la sélection Un Certain Regard, comment avez-vous vécu ce festival ?

Ce qui est drôle c'est que lorsque le film a été tourné et que nous étions presque rentrés en préproduction,  je suis tombée et je me suis cassé l'épaule. J'ai donc dû subir une opération où l'on m'a mis une prothèse métallique. C'est donc comme ça que j'ai continué lors du tournage à faire le film jusqu'à sa postproduction. Et alors que la première monture du film a été terminée, je suis allée à l’hôpital afin que l'on m’enlève la prothèse et c'est à ce moment que j'ai entendu dire que j'étais sélectionné pour Cannes, alors que j'étais en train de me rétablir. C'était complètement irréel ! Pour moi, Cannes était un fantasme et je savais que cela serait impossible d'y aller, que Cannes resterait un rêve. C’était quelque chose de merveilleux. Cela a été mon premier voyage à l'étranger et c'était même la première fois que je prenais l'avion, tout a été, à ce moment-là, une accumulation de première fois.