Hier, Retro-HD a pu assister à une projection en avant-première du film Un Illustre Inconnu, réalisé par Matthieu Delaporte. Le film raconte l'histoire de Sébastien Nicolas, un homme souffrant de dépersonnalisation qui ne se sent bien que lorsqu'il imite les autres, allant jusqu'à prendre leur apparence. Joué par Mathieu Kassovitz, le personnage principal rencontre Henri de Montalte, un vieux violoniste, et décide de se glisser dans sa peau pour l'incarner et vivre sa vie. Suite à la projection, Retro-HD et certains de ses confrères ont pu rencontrer Matthieu Delaporte, Mathieu Kassovitz et Alexandre De La Patellière, co-scénariste du film. L'occasion de poser des questions et d'en savoir plus sur le film en attendant la publication de sa critique.

 

Le film est-il inspiré de faits réels ?

Matthieu Delaporte : Pas du tout. C'est une véritable fiction même si le trouble appelé dépersonnalisation existe bel et bien. Alexandre et moi-même avons fait énormément de recherches avant de nous lancer dans l'écriture.

Mathieu Kassovitz, est-ce que vous avez vécu ce rôle comme une mise en abyme du travail de comédien ?

Mathieu Kassovitz : Non, pas vraiment. Je ne me posais pas ce genre de question et de réflexion. Je me contente de jouer le personnage, c'est tout, pas un personnage qui joue un personnage.

Vous êtes à l'affiche de deux films différents en moins d'un mois (Vie sauvage, en salles aujourd'hui et Un illustre inconnu, en salles le 19 novembre), qu'est-ce qui vous pousse à accepter des rôles aujourd'hui ?

M.K : Je ne pouvais pas passer à côté d'Un illustre inconnu, en tant que réalisateur j'ai eu envie de me plonger dans cet univers. Pour Vie sauvage, je voulais m'essayer à un cinéma différent, qui me ressemble moins. J'ai enchaîné les deux tournages très rapidement. Je finissais mes scènes de Vie sauvage un vendredi et le lundi je commençais Un illustre inconnu.

Une fois maquillé, vous n'avez pas eu envie de sortir voir l'effet que ça faisait sur les gens ?

M.K : Je l'ai fait, bien sûr. Je suis allé à la fnac maquillé en vieux et j'ai parlé un moment avec un vendeur qui ne s'est aperçu de rien. C'était intéressant.

Vous jouez donc deux personnages, comment avez-vous fait pour changer de voix ?

M.K : C'était quelque chose de très difficile. La posture, le visage, ça peut se faire mais je n'ai pas assez de métier pour changer de voix. C'est donc un acteur qui double de Montalte mais c'est bel et bien ma voix quand Sébastien imite de Montalte. Ainsi, l'imitation n'est pas parfaite et on peut faire la distinction.

Comment a été envisagée la construction et l'évolution du personnage ?

M.D : En terme de construction, on a évité d'expliquer les raisons qui font que le personnage souffre de ce trouble. On trouvait ça trop réducteur de partir d'un trauma qui l'aurait rendu ainsi, on voulait laisser le mystère.

Alexandre De La Patellière : Sans traumatisme initial, le film prend un aspect plus vertigineux. On découvre ce personnage, on a de l'empathie pour lui.

M.D : Dans la plupart de ces cas de psychologie, on découvre que les gens ont tellement vécu leurs vie pour être parfait aux yeux de leurs parents qu'ils en oublient leur propre vie. Il y a une recherche d'authenticité dans la recherche du double.

M.K : Je pense qu'il est important de laisser une coquille vide sans explications, cela rend le personnage plus intéressant pour le spectateur car il n'est pas spécifique. On peut trouver dans ce personnage des choses personnelles.

Sébastien Nicolas finit par incarner un homme malheureux, pourquoi ?

M.D : Je ne pense pas que Sébastien voit Henri de Montalte comme un homme malheureux. Il y a cette notion de fantasme par rapport à la vie des autres, qui paraît toujours plus intéressante que la nôtre. Sébastien voit Henri comme un homme avec une vie riche et remplie et il ne se pose pas plus de questions.

A.D.L.P : Même dans le malheur, de Montalte a des sentiments exacerbés, contrairement à Sébastien. Henri est un misanthrope, Sébastien aime les autres plus qu'il ne s'aime lui-même, c'est donc deux personnages qui se complètent.

L'idée qu'il incarne un musicien n'est sûrement pas anodine, non ?

M.D : On voulait un personnage avec une seule raison de vivre mais qui ne pouvait plus accomplir sa passion à cause d'un accident. Le violoniste s'est très vite imposé et puis il y a cette idée d'un interprète qui interprète un interprète qui est assez intéressante.

A travers cette histoire de double, vous parlez également de l'omniprésence des réseaux sociaux ?

M.D : Évidemment. Aujourd'hui, tout le monde peut se créer un double numérique. On peut le rendre parfait rien qu'en choisissant bien nos photos de profil sur Facebook, par exemple. Nous sommes dans une société où quasiment tout le monde peut avoir un double que l'on veut rendre parfait. Un illustre inconnu parle de ça également.